Philippe-Vincent Foisy/Métro

Masques, voix modifiées et identités cachées: les opérations des hacktivistes d’Anonymous sont largement médiatisées malgré le peu d’informations disponibles à leur sujet. Depuis les arrestations de plusieurs membres du groupe, en 2010, leurs actions sont plus rares, moins ciblées et plus éparpillées, explique l’anthropologue Gabriella Coleman, qui a passé 10 ans à décortiquer les façons de faire du groupe.

Le réseau militant d’Anonynous a tissé une toile dense et labyrinthique. Une toile à laquelle les journalistes ne peuvent presque plus accéder. Du moins, pas comme avant. Difficile alors de comprendre son fonctionnement et de repérer les fausses nouvelles qui circulent le concernant.

Des médias ont rapporté récemment qu’Anonymous menait une opération pour appréhender un cercle de pédophiles. La nouvelle a été partagée sans contexte, avec comme seule source, une vidéo d’un membre – masqué – qui annonçait les intentions du groupe. Comment s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un imposteur? Mme Coleman, qui signe le livre Anonymous – hacker, activiste, faussaire, mouchard, lanceur d’alerte en a vu passer des fausses déclarations sur le regroupement. Elle partage avec le Métroscope ses astuces pour discerner le vrai du faux et le troll du militant.


Capture d’écran de la vidéo d’Anonymous partagée par plusieurs médias.

Pourquoi est-il plus difficile d’entrer en contact avec Anonymous aujourd’hui?
En 2010 et en 2011, plusieurs membres ont été arrêtés, les sous-groupes se sont dispersés et sont devenus moins engagés. Avant, le réseau était plus stable. Les membres prenaient part à beaucoup d’opérations et étaient prêts à parler aux journalistes sur des plateformes de clavardage. Il était alors plus facile de déterminer d’où étaient initiées les actions, si ça venait d’un groupe connu ou bien s’il s’agissait d’une personne seule qui utilisait le nom pour se faire connaître.

En ce moment, sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels, il est question des actions entreprises par Anonymous contre un cercle de pédophiles. Peut-on être certains qu’Anonymous a bel et bien mené cette opération?
Plusieurs groupes d’Anonymous s’attaquent aux pédophiles depuis longtemps, alors ça ne me surprendrait pas que ça soit vrai. Toutefois, il faut vérifier qui y a contribué, et si l’opération a été menée par un de ces groupes ou s’il s’agit d’un nouveau qui essaie de se faire connaître en profitant de la notoriété de l’autre. La plupart du temps, quand Anonymous déclare qu’il a mené une opération, c’est vrai. Mais il y a de 10% à 15% de chances que [les groupes] se soient trompés ou qu’ils mentent pour attirer l’attention sur le problème qu’ils dénoncent. Il faut toujours être assez prudent.

Surtout qu’on on ne peut plus leur parler directement…
Quand j’ai écrit mon livre, il y avait un forum appelé «reporters» et des membres étaient disponibles 24 heures sur 24 pour répondre à mes questions. Maintenant c’est plus difficile, surtout en Amérique du Nord [NDLR: Douze militants d’Anonymous ont été arrêtés au Canada et États-Unis]. Les forums de clavardage sont plus secrets, plus dispersés, mais on peut parfois les rejoindre sur Twitter.

Le danger de partager une fausse nouvelle vient surtout du fait que n’importe qui peut s’autoproclamer membre du groupe. Comment est-ce que quelqu’un «devient» Anonymous?
Certains adoptent l’iconographie, le discours et commencent à tweeter [en conséquence]. D’autres comptes vont alors commencer à leur parler et, tout d’un coup, c’est une relation, une communauté qui se crée. Anonymous a généralement toujours été de gauche. C’est l’un de ces phénomènes bizarres où, pendant sept ans, il y a eu une association constante entre les causes plus libérales et Anonymous. Mais ce n’est pas mandaté. Ça peut changer.


Capture d’écran du profil Twitter @AnonymousPress, suivi par plusieurs journalistes. 

Les imposteurs peuvent-ils être rappelés à l’ordre?
Oui. Par exemple, quand Anon était très visible et que toutes ses actions étaient liées à des causes «de gauche», un ado de 16 ans a pris le nom Anonymous pour hacker le site internet d’une clinique d’avortement. Tout le monde l’a dénoncé sur Twitter. Les médias en ont pris note rapidement. Mais non, personne ne dit: «Tu es dans Anonymous» ou «Tu n’es pas dans Anonymous».

Avec sa rubrique de vérification des faits, comment Métro peut-il s’assurer que les déclarations à propos d’Anonymous sont vraies?
Je vérifierais si le compte Twitter associé à l’opération est actif depuis deux semaines seulement, afin de voir s’il s’agit d’une personne ou d’un groupe qui vient d’adopter le nom. S’il s’agit d’un compte qui existe depuis longtemps et qui s’est impliqué dans plusieurs opérations, je dirais que vous pouvez dire avec certitude qu’ils font partie du mouvement. Même chose si certaines déclarations sont faites sur Youtube. Il y a des chaînes associées à Anonymous qui existent depuis des années.

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