«Ceci est une réfugiée traumatisée. Si vous n’êtes pas d’accord, vous êtes un sale nazi», écrit Yann Merkado dans une publication Facebook partagée par Pegida Québec (je pense que c’est la première fois que je parle d’eux dans une chronique. Quelle euphorie!).

On comprend que M. Merkado est sarcastique, qu’il se moque du fait que la migrante ne semble pas apeurée. Un genre de «regardez, j’avais raison tout ce temps: les réfugiés viennent en Europe pour se la couler douce et profiter de l’argent des contribuables. On ne les montre pas à la télé, ceux-là!».

En fait, je vais vous laisser lire les commentaires sous la publication. (Juste vous avertir que je vais tout démentir dans quelques paragraphes, donc, après avoir ragé (ou vomi), revenez lire la suite, merci.)

Non, la photo n’est pas un montage. Une réfugiée syrienne a bel et bien pris un selfie en sortant du canot qui l’a menée de son pays natal à l’île de Kos, en Grèce. Et elle n’est pas la seule. Est-ce que ça veut dire que son parcours est moins déchirant que celui de quelqu’un qui n’a pas apporté son téléphone avec lui?

Probablement pas. Malgré ce que certains internautes peuvent penser. Explications:

La photo a été prise par le photographe primé Yannis Behrakis, pour Reuters, en 2015.

D’autres images prises par le photographe montrent des réfugiés qui documentent leur arrivée à l’aide de leur téléphone.

Et franchement, qui n’apporterait pas son cellulaire pendant le périple? C’est un objet de valeur, compact, léger, et il contient sûrement des informations importantes. Sans compter que dans une situation pareille, tout moyen pour communiquer avec l’extérieur est le bienvenu.

Ce n’est ni de la vanité, ni «une preuve» que les réfugiés se moquent du pays où ils se trouvent.

Le 8 octobre 2015, le magazine Time publiait un article intitulé «Voyez comment les réfugiés utilisent les selfies pour documenter leur périple». Je vous traduis ce paragraphe:

«Les réfugiés qui s’échappent des pays ravagés par la guerre dépendent de leurs téléphones pour se frayer un chemin vers une vie meilleure. Ils utilisent des apps de messagerie tels que WhatsApp pour communiquer avec leurs proches. Ils se dirigent parmi les passages des frontières en utilisant Google Maps et Facebook Messenger. (…) Ils ne transportent souvent qu’un téléphone intelligent.»

Le voyage jusqu’à une terre sécuritaire est dangereux, éprouvant. En documentant les épreuves auxquelles ils font face, les réfugiés s’assurent de préserver cette partie déchirante de l’histoire. Leurs vidéos et photos aideront ceux qui s’en viennent à mieux se préparer. Et, peut-être (qui sait), leurs photos aideront peut-être certains humains à faire preuve d’un peu plus d’empathie.

La publication Facebook vient aussi renforcer la croyance populaire selon laquelle un réfugié doit être pauvre pour mériter l’aide humanitaire qu’on lui donne. Breaking news: ton statut social et ton compte en banque ne te protégeront pas des ravages de la guerre.

Soyez vigilants.


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