J’ai écrit la semaine dernière qu’on ne peut pas prétendre former une société si ses membres vivent dans des conditions matérielles et sociales drastiquement différentes.

Certains croient plutôt que nous naissons tous égaux et que chacun obtient une rétribution en fonction de ses efforts, justifiant ainsi les inégalités sociales. Si vous êtes riche, c’est que vous avez travaillé plus et mieux que les autres.

C’est ce qu’on décrit comme une «méritocratie».

L’argument du «mérite» néglige de tenir compte de tous les facteurs qui entrent dans la création de la richesse: le patrimoine collectif sous la forme d’infra­structures, d’une éducation, d’une culture, de normes sociales, et de tout ce qui fait une société où l’on peut s’épanouir. Comme le montrent les auteurs de l’essai québécois La juste part (Atelier 10, 2012), posséder une maison, avoir accès à des aliments sécuritaires, se balader dans la rue en toute quiétude, tout cela, on le fait grâce à la coopération des autres.

«Aucun homme n’est une île.» Certains produisent des biens et services convoités sur le marché. Mais il y a 1 001 autres façons de contribuer à l’essor de la société, des façons qui n’ont pas de valeur marchande…

Il y a aussi quantité de hasards qui jouent dans nos cheminements individuels. Prenons Bill Gates. S’il n’avait pas eu accès à des ordinateurs à son université, il n’aurait pas appris leur langage. S’il était né 15 ans plus tôt, ses talents n’auraient pas eu la même utilité sur le marché. Il se serait sans doute très bien débrouillé, mais il n’aurait pas créé Microsoft. Il a travaillé fort et fait preuve d’ingéniosité. Mais il a aussi bénéficié de façon tout à fait fortuite d’un contexte propice à son enrichissement. Il est tout simplement né au bon endroit au bon moment.

Nous ne naissons pas égaux. Nous n’obtenons pas tous les mêmes chances au cours de notre vie. Et il y a différentes façons d’être utile. À partir de ces constats, il devient tout à fait raisonnable de veiller à ce que, par des interventions de l’État, les ressources soient réparties de façon plus équitable pour égaliser les chances.

Cela peut paraître évident. Mais ça vaut la peine de le rappeler, car la volonté d’affaiblissement des institutions publiques qui s’exprime depuis plus de 30 ans est argumentée au nom de ce mythe d’une société purement méritocratique.

Le 20e siècle, et en particulier les Trente Glorieuses, ont été une époque de réduction des écarts de richesse. On a cru que, ce jalon franchi, nous avions accédé à un nouveau stade de civilisation. Nous ne pouvons accepter de reculer.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

Aussi dans Miriam Fahmy :

Nous sommes présentement en train de tester une nouvelle plateforme de commentaires sur notre site web. Grâce à Facebook Comments, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!