Je rentre d’une longue absence du Québec (doublée d’une abstinence de l’actualité) pour découvrir que la parole est une chose puissante. À preuve, sa liberté est ici défendue, là restreinte – ainsi en témoigne l’actualité des dernières semaines.

Philippe Couillard souhaite désormais contrôler la prise de parole de ses ministres et députés. La mesure est une réaction à la multiplication de messages maladroits prononcés par des ministres libéraux. Cette centralisation permettra au premier ministre de filtrer toutes les communications publiques de son gouvernement. Sauf que, en principe, les ministres sont aussi le gouvernement, pas juste des porte-parole du PM.

Bien avant Philippe Couillard, Stephen Harper a décidé qu’il n’avait que faire du principe de débat ouvert qui sous-tend la démocratie parlementaire. Dès son arrivée au pouvoir, il y a presque 10 ans, il a mis en place des mesures destinées à réduire les contacts entre le gouvernement et les journalistes, à retirer la liberté de parole à son caucus, à rabaisser le débat en chambre et dans les comités parlementaires. Quelle différence qu’on discute vigoureusement ou pas des affaires de l’État? Dans le parlementarisme de Westminster à la sauce harperienne, c’est le PM qui décide de toute façon. Aussi bien accélérer les choses.

Pourtant, le débat libre est ce qui permet à la démocratie de fonctionner. Nous choisissons par ce moyen les normes communes qui dicteront notre vivre-ensemble. Si nos représentants au parlement ne peuvent en discuter librement entre eux ou avec le public, on n’est plus en démocratie.

C’est d’ailleurs le principe qui fait de la liberté d’expression une règle immuable. Toute parole doit être permise, sinon qui décidera ce qui est «acceptable» ou pas? Le cas de Charlie Hebdo nous le rappelle. On a beau trouver que le magazine publiait des images nauséabondes et racistes, on ne voudrait jamais qu’elles soient censurées. La liberté d’expression est un principe qui ne supporte pas les compromis, les demi-mesures.

Et pourtant, elle subit des assauts de toutes sortes, dont récemment des dérapages en France, qui a rendu illégal «le soutien public au terrorisme». Près de 100 personnes qui auraient fait des commentaires «appuyant ou cherchant à justifier le terrorisme» à la suite de la tuerie à Charlie Hebdo ont été poursuivies en justice par l’État français.

L’incitation au terrorisme est illégale en France, comme ailleurs dans le monde, et une raison simple permet de le justifier : elle a pour but de susciter la violence. Mais comment expliquer que le simple fait de parler d’un événement violent sur un ton approbateur, aussi détestable que cela puisse être, soit un délit passible de sept ans de prison?

François Legault voudrait justement «baliser» la liberté d’expression pour interdire le «déni des valeurs québécoises». Voilà une pente bien glissante. Peut-être un jour voudra-t-on interdire toute critique de Céline Dion ou de se plaindre du froid.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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