Un sondage publié la semaine dernière demandait à 1 060 Québécois de tous les âges de se prononcer sur une panoplie de sujets, dont l’environnement, le syndicalisme, la famille et le rôle de l’État. Les réponses ont été classées en fonction des catégories d’âge des répondants : 18-34 ans, 35-54 ans, 55 ans et plus.

Les plus jeunes ont répondu que, dans leur vie personnelle, les deux éléments les plus importants pour eux sont d’être à l’aise financièrement et de réussir leur vie de couple.

Des analystes en ont conclu que les jeunes, préoccupés par leur petit bonheur, ne s’intéressent pas à l’engagement social. Ces commentateurs ont vanté cette «majorité silencieuse» des jeunes, qu’ils ont opposée à la minorité qui proteste ces jours-ci.

Être bien dans sa vie privée est une aspiration universelle qui transcende les générations, les classes sociales et les époques. Cela ne veut pas dire que cultiver son bonheur soit incompatible avec l’engagement, avec l’aspiration à influencer la société.

Interrogés au sujet de l’environnement, plus de 6 répondants sur 10 (63 %) ont affirmé que le Québec «doit exploiter ses ressources pétrolières», tout en assurant, à 72 %, que la protection de l’environnement «doit toujours passer avant l’exploitation des ressources pétrolières».

Ces réponses semblent contradictoires, ou du moins trahissent une ambivalence. Vouloir exploiter le pétrole tout en accordant «toujours» la priorité à la protection de l’environnement? Cela révèle un écart : d’un côté, un idéal de société et de l’autre, l’impossibilité concrète de réaliser cet idéal. Face à l’urgence de l’enjeu, on répond par un «bof» qui ressemble à du fatalisme. Cette déconnexion entre le souhaitable et le possible est le plus grand danger qui guette notre société.

On a demandé aux sondés de qualifier de positif ou négatif l’héritage qu’ils vont laisser. La moitié (48 %) des 35-54 ans a répondu que son héritage sera négatif.

Ces Québécois ont conclu d’avance qu’ils ne pourront pas ériger un monde meilleur. Qu’ils se désignent coupables d’un échec. Mais leur réponse les positionne aussi comme étant impuissants à changer une situation déplorable.

Voilà ce que ce sondage révèle : les Québécois se sentent dépourvus d’un pouvoir d’action sur leur société.

Que des chroniqueurs se réjouissent de dénicher, à la lecture du sondage, que les jeunes sont «conservateurs» et ne se préoccupent que de leur petit bonheur me laisse complètement perplexe.

Se préoccuper d’autre chose que de son petit jardin serait-il désormais considéré comme louche? En sommes-nous rendus à ériger le nombrilisme en valeur positive? Et si les réponses individualistes traduisaient plutôt le sentiment que l’on a perdu notre capacité d’influencer les choix politiques et sociaux?

Voilà une qualité à valoriser d’urgence : l’ambition de s’occuper du monde qui nous entoure.

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