Un ami a partagé sur Facebook un message qu’il a reçu par courriel : un message d’insultes. Il en reçoit souvent, des messages comme ça. Il est journaliste. Il couvre l’actualité environnementale. Et on lui balance des injures d’une violence étonnante.

Il n’est pas le seul journaliste à se faire lancer des tomates. Des chroniqueurs ont déjà déploré ces attaques, souvent faites sous le couvert de l’anonymat, facilitées par le web interactif. Mais l’ami journaliste n’émet pas d’opinion : il rapporte la nouvelle. Il s’avère que c’est la nouvelle environnementale : sur les effets des activités minières, pétrolières; sur les plus récentes études scientifiques qui démontrent que le climat se réchauffe sous l’effet de l’activité humaine, ou que les espèces naturelles sont en train de disparaître à la vitesse grand V. On l’accuse de fabriquer ces nouvelles ou de ne pas connaître ce dont il parle. On l’invite à se taire, ou à se trouver «une vraie job». On le lui dit en le traitant de tous les noms.

Quel peut bien être le malaise à la source de ce geyser de haine? Pourquoi tant de fiel déversé sur une personne qui ne fait que nous informer? Je tente une explication peu scientifique, plutôt intuitive : ces écrits enragés sont l’expression de la peur profonde que suscitent les changements en cours dans le monde. Et en niant leur existence, on espère ralentir leur avènement. Si la nouvelle n’était plus visible, le phénomène disparaîtrait peut-être lui aussi. Et la vie pourrait continuer, sans être troublée par tous ces bouleversements.

Car c’est de transformations majeures qu’il est question. Et la peur est une réaction tout à fait normale. Imaginez qu’on vous dise que votre gagne-pain est désormais déclaré activité dangereuse pour l’environnement, la planète, l’humanité! Vous ne le croirez pas. Ou vous imputerez des intentions malveillants à celui qui vous annonce la mauvaise nouvelle.

Les êtres humains, on est fait comme ça, on va opter pour une version de la réalité qui nous convient. Comment croire à la fois en une idée et en son contraire? La dissonance cognitive serait insupportable. Alors, on adopte les idées qui confortent notre vision du monde, pas celles qui les confrontent.

C’est d’autant plus le cas quand les enjeux sont complexes, et sur le plan environnemental, ce n’est pas simple. Les problèmes sont d’ordre biologique, physique, social, culturel, économique. De quoi donner le tournis.

Lorsque le potentiel des projets d’exploitation des ressources est débattu, on ne sait jamais de quel critère les décideurs se serviront pour trancher. L’inquiétude devient permanente et diffuse, elle se transmue en cette grogne qui gronde et cherche une cible. Alors, on tire sur le messager.

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