La colère des gens ordinaires –ça pourrait être le titre d’un film sur notre époque. Cette colère cherche des cibles. Les boucs émissaires potentiels sont partout : si ce n’est pas le Gouvernement, c’est le Maudit Fonctionnaire. Sinon, il y a aussi les BS, les Immigrants. Pour d’autres, c’est l’Homme d’affaires. Et évidemment, il y a les Méchants Médias. Faites votre choix. Ou cochez toutes ces réponses.

Je m’interrogeais la semaine dernière sur les raisons de toute cette colère. J’en suis venue à me dire que c’est la peur. Le monde est inquiétant : la crise est permanente, et le danger est partout. Et on nous dit qu’on a très peu de pouvoir pour changer le cours des choses. L’inquiétude devient permanente et diffuse, elle se transmue en cette grogne qui gronde et cherche des espaces pour s’exprimer. Là où on aurait besoin de délibération éclairée, la peur nourrit plutôt une partisanerie débilitante, qui tourne à vide.

C’est là, justement, tout le problème. La peur est nourrie, amplifiée par l’absence de discussions (et de décisions) sur le fond des choses.

Le débat public porte plus souvent qu’autrement sur les réponses à donner à des contraintes et à des déterminations, plutôt que sur les finalités de nos gestes. «On est dans un mode de production de la société qui est comme automatisé, qui nous tombe dessus, qui fabrique la société à notre place, et ça ne vaut pas la peine de discuter des finalités, des buts, des visées de la production de cette société. Dans ce monde-là, le discours est réduit aux moyens.» C’est le sociologue Gilles Gagné qui le dit, mais si discrètement que les tireurs de tomates ne l’ont pas encore entendu.

Nous devrons, par exemple, décider collectivement quand et comment nous nous attaquerons au problème écologique. Mais le débat social n’a pas lieu. On ne pose pas ces questions fondamentales : quel type d’économie le Québec veut-il pour les prochaines décennies? Quel rapport à la nature et au territoire voulons-nous avoir? Quels seront les principes qui guideront les décisions majeures liées à notre développement? On discute de projets ponctuels, mais on ne sait jamais quels critères détermineront le choix final des pouvoirs publics.

À qui devrait revenir la tâche de mener ces discussions de fond? À nous tous sans doute, à notre échelle. Mais certaines institutions ont une responsabilité supplémentaire, parce que c’est leur rôle historique : les universités, les gouvernements, les médias. Nous devrions l’exiger d’elles, exiger qu’elles s’adressent à notre intelligence, pas à nos instincts les plus primitifs (peur + portefeuille). Et il nous revient la tâche d’accepter de faire ce travail plus long, plus ardu, de nous demander quel sens nous voulons donner à tout cela.

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