Il y a quelques années, j’ai eu la chance inouïe d’habiter brièvement au Niger, un grand pays désertique et enclavé de l’Afrique de l’Ouest, qui est un peu comme l’autre bout du monde pour une Nord-Américaine.

Pendant notre séjour, deux de mes collègues québécois ont «fait un palu», comme on dit là-bas. Heureusement, il existe un traitement, qu’ils ont reçu rapidement. Ils ont pu s’en remettre sans séquelles.

Ce qui a été pour eux une expérience pénible, mais vite oubliée est une menace permanente pour la plupart des habitants de l’Afrique sub-saharienne. Selon l’OMS, en 2014, environ 600 000 personnes sont mortes du paludisme (aussi appelé malaria), 90% d’entre elles en Afrique. Plus de 1300 enfants meurent de cette infection tous les jours.

C’est pourquoi tout le monde s’est réjoui lorsque l’Agence européenne du médicament a adopté la semaine dernière «un avis scientifique positif» sur un nouveau vaccin contre le parasite du paludisme. Cette découverte est le fruit d’efforts considérables, d’investissements et d’une concertation à l’échelle internationale pour trouver une solution rapide au fléau que représente le paludisme pour près de la moitié de la population mondiale.

Jusqu’à présent, 565M$ américains ont été investis dans cette recherche sur une période de 30 ans. Malheureusement, ce vaccin n’offre en fait qu’une protection modeste: dans les essais cliniques, il n’a protégé contre la maladie que de 31% à 56% des enfants vaccinés. Des voix se sont d’ailleurs élevées pour mettre en garde contre «le faux sentiment de sécurité» que pourrait susciter la prise du vaccin.

En attendant qu’un vaccin entièrement efficace soit mis au point, il existe un remède qui coûte environ 2$ et qui fonctionne très bien. Comment se fait-il alors qu’autant de personnes meurent encore d’une maladie curable?

L’incidence du paludisme est très fortement corrélée avec la pauvreté. La maladie sévit surtout dans les pays à faible revenu et elle touche plus particulièrement les communautés les plus pauvres et les plus marginalisées. Ces communautés sont à la fois les plus exposées au risque de paludisme et celles qui ont le moins accès aux mesures préventives, services de diagnostic et autres interventions thérapeutiques.

Seuls 20% des enfants atteints de paludisme à P. falciparum, la souche la plus mortelle, reçoivent le traitement nécessaire. Souvent, les mères doivent marcher pendant des heures, voire des jours, pour se rendre dans une clinique. Certains enfants meurent en chemin. Il arrive que les signes et les symptômes du paludisme eux-mêmes ne soient pas reconnus assez rapidement pour que des gestes médicaux soient posés à temps. Par manque de connaissance.

Le triomphe scientifique que représenterait la découverte d’un vaccin fiable ne devrait pas nous faire oublier une vérité universelle et intemporelle: bien des problèmes de santé publique sont d’abord et avant tout des problèmes sociaux. Et les solutions sont encore et toujours les mêmes: un accès universel à l’éducation et à des conditions de vie décentes. Nos efforts devraient se concentrer autant dans ces domaines que dans l’innovation scientifique.

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