Une image a circulé sur Facebook : une photo du petit garçon dans le film Le sixième sens, la couverture tirée jusqu’au menton, le regard terrifié, et en grosses lettres : «Je vois des libéraux partout.»

Le Québec est en effet drapé de rouge à tous les paliers de gouvernement. Quoiqu’il ne s’agisse pas de la même teinte de rouge. Le rouge sang des libéraux provinciaux qui saignent le Québec à blanc a peu à voir avec le rouge rose bonbon du nouveau premier ministre canadien, ni avec le rouge brun populiste de Denis Coderre. Du moins, en apparence. C’est la force du label libéral : il se cuisine à toutes les sauces.

Rose bonbon parce que Justin Trudeau a jusqu’ici pratiqué une politique de la séduction comme on n’en a pas vu depuis des années. Le «beau gosse», comme l’a baptisé la presse française, nous a quant à lui collectivement invités à une date au cinéma : divertissement, beaux minois, sourires à la pelletée et bisou de fin de soirée. Les Québécois peuvent espérer être aux petits soins avec leur nouveau kick, qui a regagné une bonne représentation dans le gouvernement.

L’immense soulagement de quelques groupes en particulier est palpable : tous ceux qui pourront recommencer à faire leur travail librement, sans qu’on les dédaigne (les journalistes), qu’on les bâillonne (les scientifiques), qu’on les rabaisse (les fonctionnaires), qu’on les criminalise (les écologistes et les militants des droits de la personne), qu’on les ignore (les autochtones, les femmes, les minorités sexuelles).

Mais le leadership public positif du nouveau PM, bien qu’important et constructif, ne nous dit pas grand-chose sur la manière dont il choisira de gouverner. On a pu entrevoir par le trou de la serrure que, derrière les portes closes, ça pourrait non pas être le début d’une ère nouvelle, mais plutôt Back to the future. Alors que Justin Trudeau faisait la cour à l’électorat, sa garde rapprochée faisait aller son carnet d’adresses. Dan Gagnier, en même temps qu’il coprésidait le comité de campagne nationale de Justin Trudeau, dispensait largement ses conseils à ses amis de TransCanada sur la meilleure façon de faire avancer leur projet de pipeline Énergie Est auprès du futur gouvernement Trudeau. Et Cyrus Reporter, chef du cabinet de campagne de Trudeau et de bien d’autres libéraux avant lui, est depuis longtemps aussi lobbyiste de grandes compagnies du secteur pétrolier et pharmaceutique. Il y a de fortes chances qu’il demeure à la tête de l’équipe Trudeau. À qui ira sa loyauté au moment de dispenser ses conseils au premier ministre ou de fouetter son cabinet?

Derrière le jeune visage du nouveau PM, il y a une vieille garde. Et on ne connaît pas assez Justin Trudeau pour deviner s’il saura insuffler à son équipe la vision progressiste et démocrate qu’il a esquissée pendant la campagne ou s’il se laissera dominer par une clique dont les mœurs politiques laissent encore une large place au copinage décomplexé.

Un gros travail attend la société canadienne, celui de rappeler constamment au gouvernement le programme qui l’a fait élire et ceux qu’il doit servir. Elle doit donner la chance au coureur, et l’avoir à l’œil.

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