www.ridm.qc.ca Une image tirée du documentaire montrant une séance de médiation au Darfour.

Samedi, j’ai vu À la poursuite de la paix (Garry Beitel) un documentaire qui m’a médusée parce qu’il m’a plongée dans un univers qui m’était totalement inconnu, celui de la médiation des conflits armés. On va à la rencontre de quatre civils dont le métier consiste à accompagner des populations en conflit dans un processus qui vise un rapprochement et, éventuellement, un cessez-le-feu.

On ne nous dit rien du parcours qui les a amenés à œuvrer au cœur des guerres les plus atroces de la planète — Congo, Soudan, Irak, Kurdistan. On ne sait pas grand-chose des motivations personnelles de ces gens qui ne sont ni diplomates, ni politiciens, ni militaires. On nous en dit peu à leur sujet, car, finalement, le sujet du film ce n’est pas eux, c’est leur méthode. Protection des plus vulnérables, soins aux malades et aux blessés, écoute et dialogue en sont les ingrédients. La médiation est un processus complexe, long et imparfait. Mais elle a une qualité indéniable: elle donne une chance aux populations de choisir la vie plutôt que la mort.

Les médiateurs sont en première ligne d’un conflit larvé ou actif et tous leurs efforts visent à faire cesser la violence, rien de plus, rien de moins. «Dans tous les conflits, les civils servent de chair à canon», rappelle une médiatrice. Elle explique ensuite que son travail, finalement, n’a qu’un seul but: sauver des vies.

En entrevue, les médiateurs baissent les yeux lorsqu’ils parlent de la violence dont ils ont été les témoins. Peut-être par pudeur, pour qu’on ne voie pas la peine qui les habite. Peut-être pour nous épargner de distinguer, dans leur regard, les atrocités qu’ils ont vues. Peut-être pour ne pas donner de poids à la laideur — ce sont des militants de la beauté.

Une scène étonnante du film nous plonge en plein dialogue entre des Irakiens de confessions et origines ethniques différentes. Ils parlent de leur douleur, de leur peur, du désir de vengeance qui les a habités. Ils parlent aussi de leurs ennemis — qu’ils ne nomment jamais ainsi. Ils reconnaissent que ce sont des humains qui, comme eux, ont été entraînés dans une spirale de violence qu’ils n’ont pas, pour la plupart, choisie. Ils en viennent à reconnaître la souffrance de tous ceux qui ont pris part à cette guerre complexe. Ils parlent de réconciliation, «même avec les fanatiques de Daesh». Alors que les mots sortent de leur bouche, on perçoit dans leur visage l’effort que cela exige d’eux, on comprend leur conflit intérieur, où luttent la haine et le désir de paix.

Ce documentaire offre une petite fenêtre sur l’incroyable capacité des humains meurtris de choisir la part de lumière en eux, à la condition qu’on leur en donne l’occasion. J’ai fantasmé qu’on réunisse les membres du G8 pour leur présenter ce film.

L’un des médiateurs est aussi formateur. En guise d’introduction à son cours, il prononce ces mots devant la classe de médiateurs en herbe: «Il y a un discours défaillant de haine et de diabolisation, de terrorisme, que les gouvernements utilisent pour nous faire peur et justifier les dépenses liées à la guerre. Mais les gens veulent mieux que ça. Ça ne peut arriver que si l’on s’engage à tout faire pour le réaliser. On en est là aujourd’hui.»

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