Josie Desmarais/Métro

Je dis souvent à la blague qu’on devrait mettre une posologie sur les bouteilles de vin : «Pour traiter le stress : prendre un verre au besoin.» C’est une blague, car même si les Québécois en boivent de plus en plus depuis 30 ans, et malgré le grand bien que nous fait le petit verre du vendredi soir, le vin demeure un produit de luxe, ou du moins ce n’est pas un produit de première nécessité.

La vérificatrice générale a publié un rapport critiquant la SAQ pour son système de majoration du prix des bouteilles. La solution de la CAQ et celle que le gouvernement dit envisager : abolir la SAQ et privatiser la vente de vin. Les consommateurs ont droit à du vin pas cher et la main invisible du marché s’occuperait de nos besoins en rouge et en blanc, croient-ils.

Que faire de la mission de la société d’État d’aller chercher des revenus pour le trésor québécois? Que nenni! Les revenus n’intéressent pas ce gouvernement. Juste la compression des dépenses.

Mais c’est précisément parce qu’il n’est pas un bien nécessaire qu’on juge acceptable que le vin soit fortement taxé. Il est vrai que la SAQ majore le prix de ses vins bas de gamme, qu’on paie de 5 à 30 % plus cher que nos voisins ontariens.

Peut-être y a-t-il un petit ajustement à faire. Mais les vins moyens de gamme sont moins chers ici. Et surtout, ces revenus paient nos CPE, nos soins de santé, nos routes. La SAQ a versé, pour l’exercice financier 2014-2015, plus d’un milliard et demi de dollars, dont plus d’un milliard en profits nets, au trésor québécois.

Privatiser la SAQ nous priverait de revenus importants, qu’une majoration des taxes ne compenserait pas. Abolir la SAQ parce qu’elle fait des profits démesurés sur la vente de vin, c’est comme tuer une mouche avec un canon. Le problème relevé par la VG n’en est pas vraiment un («Mon vin coûte 3 $ de plus qu’aux États-Unis»), car, face à la SAQ, nous sommes autant des consommateurs que des citoyens bénéficiant de services publics.

J’ai aussi eu cette image d’une mouche qu’on veut détruire au moyen d’un bulldozer quand le projet de loi 59 sur les discours haineux avait été présenté, il y a plusieurs mois. Le projet portait de façon grave atteinte à la liberté d’expression, et le consensus social contre la loi s’est fait tonitruant.

Lorsque la ministre Vallée a annoncé qu’elle abandonnerait la portion liberticide de son projet de loi 59 la semaine dernière, on a parlé d’un «recul», un mot-matraque trop fort pour désigner un geste qui, finalement, a été réclamé par l’opposition et la société. Plutôt que de les ridiculiser, on devrait féliciter nos élus lorsqu’ils admettent avoir commis une erreur et l’avoir corrigée à temps. Et après, on se demande pourquoi les élus nous parlent dans une langue décalée, désincarnée. Ils se protègent.

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