Je suis arrivé au Québec il y a 18 ans, le 9 janvier 1999. J’avais 24 ans. J’ai un souvenir très vif de mes premiers jours ici. La découverte des panoramas époustouflants, immaculés, la brutalité assommante du grand froid. Je débarquais d’une ville où les thermomètres ne connaissent pas les nombres négatifs et où la neige est une abstraction de l’esprit. Le choc météorologique était total. J’ai dû m’y adapter, très vite.

J’ai aussi dû m’adapter à une autre réalité fascinante du Québec. Sa diversité. Être confronté à l’extraordinaire diversité de la société québécoise a constitué un défi personnel de taille, plus imposant que celui du froid et de la neige. Je viens d’un pays culturellement et ethniquement homogène où la différence est socialement critiquée et réprouvée. Je venais avec mes préjugés, ma façon d’appréhender le monde, mes habitudes et mes manières, et tout un tas de règles non écrite et de conventions sociales. Rapidement, je me suis ouvert à un nouveau monde, un monde d’humains. J’ai appris à percevoir l’autre au-delà de son apparence superficielle. J’ai découvert l’évidence : au fond, on est tous pareils, on a les mêmes besoins, les mêmes envies et les mêmes aspirations.

J’ai côtoyé des personnes de toutes origines, cultures, orientations, religions, et ethnies. Des amis, des collègues, des voisins et des connaissances plus ou moins proches. J’ai travaillé avec des juifs, des hindous, des bouddhistes, des chrétiens catholiques et orthodoxes, des musulmans sunnites et shiites, des non-croyants, athées et agnostiques… J’ai échangé avec des gais, des lesbiennes, des bi et des trans. J’ai été invité à des soupers québécois, indiens, italiens, mexicains, vietnamiens, iraniens, marocains, guinéens… Je me suis imprégné de la différence. J’en ai acquis une immense richesse.

C’est quand même exceptionnel quand j’y pense. L’histoire humaine est parsemée de guerres et de conflits résultant de tensions ethniques, raciales et religieuses. Au Liban, en Irak, aux Balkans, en Somalie, au Soudan… Les exemples récents ne manquent pas. Ici, ça n’a pas toujours été facile, mais on parvient à vivre ensemble en paix, avec nos différences, sereinement. C’est assez unique et c’est très précieux.

Mais tout n’est pas rose. Inéluctablement, la diversité apporte son lot de tensions et d’injustices sociales. La stigmatisation et la peur irraisonnée de l’autre, de l’inconnu, du différent. C’est «naturel». Oui, le Québec est une des sociétés les plus ouvertes à la diversité et il est largement respectueux de la différence, mais au Québec il y a aussi du racisme, de la xénophobie et de la discrimination. Il est de notre devoir, nous, majoritaires, qui croyons aux vertus du vivre-ensemble, il est de notre devoir de promouvoir et de défendre les valeurs universelles de tolérance, d’acceptation, d’égalité et d’empathie.

Cette semaine, justement, c’est celle de l’action contre le racisme au Québec. Un événement entamé il y a 18 ans. Le thème de cette année: Notre histoire, nos luttes, notre avenir. Ce dimanche, il y aura une marche pour l’égalité, place Émilie-Gamelin. J’y serai, avec mes filles.

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