Imaginons le processus démocratique comme un marché. Les idées et les politiques sont le produit, les partis politiques en sont les producteurs et les citoyens sont les consommateurs. Le vote est une sorte de prix que les consommateurs associent aux idées et aux propositions politiques. Si ton produit répond à un besoin et s’il est de bonne qualité, les gens l’achèteront. Si tu as de bonnes idées qui pourraient améliorer la vie des citoyens, s’ils te font confiance, ils voteront pour toi. Bien sûr, si tu n’arrives pas à gagner, à «vendre» tes idées, si les citoyens te préfèrent un autre «fournisseur», c’est que ton produit n’est peut-être pas aussi bon que tu le prétends, que tu es peut-être un mauvais vendeur ou même les deux à la fois. Ce n’est pas la faute des citoyens ni celle de tes concurrents. C’est ta faute, c’est ta responsabilité.

Parfois, un produit est tellement pourri que tu as beau essayer de le vendre et de le revendre, tu n’y arrives pas : les gens n’aiment pas, n’adhèrent pas, n’achètent pas. Tu remplaces ton vendeur en chef, tu redessines l’emballage, tu fais des tournées marketing et du porte-à-porte, rien n’y fait, ça ne décolle pas. Pire, tu stagnes, tu perds des parts de marché, tu te fais dépasser par de nouveaux concurrents plus dynamiques, plus innovants.

Alors tu t’essayes à une nouvelle stratégie : faire alliance avec un petit concurrent en pleine croissance qui a le vent dans les voiles. Une sorte de start-up des idées qui vient de se désigner un nouveau chef, jeune, ambitieux et fort charismatique et qui ne cesse de gruger des parts de marché sur ton flanc gauche. Ça pourrait bien renouveler ton image et redonner un souffle inespéré à ta courbe de croissance. Tu te dis qu’à deux, vous créerez une «synergie» qui vous permettra de battre votre adversaire commun, dont le monopole du pouvoir n’a que trop duré.

Sauf que les «actionnaires» de la petite entreprise ne sont pas naïfs. Ils savent que ton produit est pourri et qu’en s’y associant ils y perdront leur âme. Ils sont conscients qu’il y a entre vous une incompatibilité irréconciliable en matière de «culture d’entreprise». Ça ne collera pas. Ça ne marchera pas. Convaincus d’avoir un meilleur produit, ils croient sincèrement qu’un jour ils pourront devenir gros et qu’ils gagneront.

Semblable à une start-up des idées dynamique et en plein croissance, Québec solidaire a bien fait de décliner l’offre d’alliance avec le Parti québécois, une vieille «entreprise» politique stagnante qui n’arrive pas à se renouveler.

Puis, au lieu de retourner à ta table à dessin, de revoir ton produit, de l’affiner, de l’améliorer et de proposer de meilleures idées aux citoyens, tu accuses ton petit concurrent d’être responsable de tous tes maux. En fait, ce n’est jamais ta faute et, en gros, tu n’as absolument rien appris. Le marché t’achèvera. C’est bien dommage.

J’imagine que vous avez bien saisi l’analogie à haute saveur libertarienne. C’est l’histoire du Parti québécois et de Québec solidaire. Les membres de ce dernier me pardonneront la tendancieuse ironie de cette métaphore.

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