Josie Desmarais/Métro

Lundi prochain, le Québec commémorera une tragédie qui l’a ébranlé au plus profond de son âme. Nous commémorerons en effet le massacre de six citoyens au fusil d’assaut, de sang-froid, et l’expression monstrueuse d’une haine incommensurable, démentielle et totalement absurde.
Je m’en rappelle comme si c’était hier. La nuit à suivre les actualités, les vidéos en direct sur Facebook, l’angoisse, les questions sans réponse, l’insoutenable attente, l’horreur. L’horreur. Ne pas avoir la force d’aller au bureau le lendemain. Écouter les nouvelles. Tenter d’expliquer ça à mes filles, les rassurer, les réconforter. Pleurer.

Puis, il y a eu cette incroyable vague de soutien, d’amour, d’empathie et de compassion. La société s’est levée, unie, au secours d’une communauté meurtrie. On s’est mobilisé pour s’indigner et dénoncer, pour aider, exprimer sa sympathie, dire de beaux discours, crier, pleurer ensemble… Il y avait du beau, il y avait de l’humain, le temps que ç’a duré.

Et ça n’a pas duré très longtemps. Un an après, que reste-t-il de la tragédie de la grande mosquée de Québec? Aujourd’hui, le PQ et la CAQ refusent d’admettre qu’il y a de l’islamophobie au Québec. Pour eux, la peur et la haine des musulmans n’existent pas, c’est un leurre, une illusion de l’imaginaire islamiste dont le but est de nous faire taire, de voiler nos femmes et d’enturbanner nos hommes. Qu’ils en soient conscients ou non, ces politiciens sont le relais d’une certaine frange xénophobe, raciste, idéologiquement formatée par des animateurs de radio de la capitale et par des chroniqueurs du Journal. Et le PLQ s’y met lui aussi. Le calcul politicien prend le dessus, au diable les principes. Défendre les minorités n’est pas très gagnant lorsque des élections approchent.

Il y a aussi l’ex-députée Fatima Houda-Pepin qui écrivait la semaine dernière une lettre aux orphelins de l’attentat de Québec. Une lettre d’une absurdité et d’une violence ahurissantes. Elle y dit qu’on ne connaît pas les motifs de l’assassin. Elle somme les enfants des hommes assassinés de ne pas parler d’islamophobie et, en gros, leur demande d’être reconnaissants et de fermer leurs gueules! Je vous épargne les commentaires exécrables qui ont suivi cette affreuse diatribe : théories du complot, remarques haineuses, imbécillités…

Un an a passé. La Meute est devenue un mouvement respectable qu’on invite sur nos plateaux de télévision. Les groupuscules néonazis ne se cachent plus et manifestent publiquement sous la protection de la police, arborant des swastikas et faisant sans vergogne le salut fasciste. Le nombre de gestes de haine antimusulmans et islamophobes ne cesse d’augmenter. Et alors que l’économie ne s’est jamais aussi bien portée, les musulmans – Arabes, Kabyles, Perses, Turcs, etc. – souffrent toujours d’un chômage endémique.

Je me souviens de toute cette haine comme si c’était hier. Ça me fait mal de voir que, même après la mort, certains continuent à nier que cette haine puisse exister, voire, pire encore, qu’ils la justifient. Que leur faut-il de plus pour comprendre?

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