Je suis arrivé au Québec il y a 19 ans, le 9 janvier 1999. J’ai passé ma première nuit à Montréal chez une connaissance qui avait proposé de m’héberger. Le lendemain, j’ai fait le trajet Montréal-Québec en autobus. J’ai passé les trois heures du trajet les yeux rivés à la fenêtre à contempler le paysage et à admirer la beauté de ce tapis blanc qui couvrait tout sur le chemin. La neige: majestueuse, pure, infinie.

Les images de ce trajet, je les garde précieusement dans un endroit sûr de ma mémoire. Mon tout premier contact avec l’hiver, avec la neige, avec mon nouveau chez-moi. Ils sont précieux, ces moments-là, ils n’ont pas de prix. Je les ressors parfois, quand le Québec me déprime, je les cajole affectueusement et ça finit toujours par me remonter le moral. C’est comme le moment où vous rencontrez la femme ou l’homme de votre vie, vos premières sorties ensemble, votre premier baiser, les battements de votre cœur, l’instant où vous tombez amoureux, le coup de foudre… Vous ne les oubliez jamais, ces moments-là, ils restent gravés à jamais au fond de votre être.

Moi, un 10 janvier 1999, quelque part sur l’autoroute 20, au milieu des champs, dans un autobus roulant à 100 km/h, je suis tombé éperdument amoureux du Québec. Totalement.

C’est ça, l’effet de l’hiver québécois sur les nouveaux arrivants, surtout ceux qui, comme moi, n’avaient de la neige qu’une image abstraite construite à partir de scènes de films américains et de littérature russe. Nous avons beau l’imaginer, en faire un portrait virtuel dans nos têtes, quand nous la rencontrons pour vrai, là devant nous, nous sommes stupéfiés par sa grandeur, charmés et ensorcelés par sa beauté absolue, immaculée. C’est inévitable. C’est écrit.

On m’a souvent posé cette question au cours de mes premières années ici: mais qu’est-ce qui t’a pris de laisser le soleil pour venir t’établir au pays de l’hiver? Quelle mouche t’a donc piqué? Mais c’est beau, l’hiver, que je répondais. Oui, le soleil me manque parfois, surtout en décembre, tu sais, quand il fait noir en plein jour plusieurs jours de suite. Mes parents aussi me manquent parfois, mes sœurs, mes neveux et mes nièces me manquent… Mais depuis ma première journée ici, l’hiver est devenu mon pays à moi aussi. Et même si j’ai fait des gaffes au début, par exemple me promener en pleine tempête avec de vieilles bottes et des jeans, glisser sur un trottoir glacé et tomber lourdement sur le postérieur ou me geler les orteils et les oreilles. J’ai fini par apprivoiser notre hiver farouche, par l’amadouer. Doucement et tranquillement, j’ai appris à m’en faire un très bon ami.

Ainsi, je revendique haut et fort ma nordicité. L’hiver est bel et bien mon pays.

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