Ma conjointe est une femme de peu de mots, mais, de temps en temps, j’ai une de ces discussions avec elle: le genre où elle parle et où j’écoute, attentivement. Elle y évoque des sujets complexes et difficiles en exposant les grandes questions de la vie.

Je l’écoute en hochant la tête: en effet, quand elle se lance dans ce genre de discussion, on peut difficilement l’arrêter, parce qu’il s’agit souvent de questions qui bousculent mes certitudes et mes convictions et sur lesquelles je n’ai pas vraiment grand-chose d’intelligent à dire.

Un de ses sujets récurrents, favoris, c’est l’éducation des enfants. Quelles valeurs leur inculquer? Comment les protéger tout en les outillant et en les préparant à affronter la complexité et les dangers de ce monde?

Prenons le débat sur le code vestimentaire des filles dans les écoles primaires et secondaires, sujet d’actualité s’il en est. Notre préado nous avait récemment posé la question: «Pourquoi les filles ont un code vestimentaire à l’école, mais pas les gars? Ce n’est pas juste.»

J’avais alors répondu, instinctivement, selon mes certitudes préétablies: «C’est effectivement injuste, comme plusieurs choses dans nos sociétés d’ailleurs. Les règles devraient toujours être les mêmes pour les filles et les garçons, et si ce n’est pas le cas, il faut faire en sorte que ça change…» Un petit débat s’en était suivi sur le patriarcat et sur le sens du féminisme.

J’étais sûr d’avoir bien répondu. J’avais raffermi les valeurs et les principes que nous partageons en famille : sens de l’égalité, de l’équité et de la justice.

Cependant, comme le dit si bien ma conjointe, je suis très bon dans la théorie, parce que, dans la pratique, les choses sont souvent beaucoup plus subtiles et plus complexes qu’elles n’en ont l’air. Elle a raison.

Son argument était le suivant: la réalité, c’est qu’en tant que parents, nous devons tout faire pour protéger nos enfants. C’est une de nos responsabilités fondamentales.

Oui, nous devons leur inculquer le sens de l’égalité entre les sexes et leur apprendre qu’il peut être nécessaire de se rebeller et de militer contre un système qu’on trouve injuste. D’accord.

Toutefois, en même temps, nous devons expliquer à nos filles qu’aller à l’école sans soutien-gorge, en short très court, en chandail bedaine ou en portant tout ce qui sort d’une certaine norme établie, ça pourrait avoir des conséquences: elles pourraient être jugées, marginalisées, ostracisées, voire agressées.

Il y a les beaux idéaux et il y a la réalité moche et méchante de notre monde, dont elles doivent être conscientes. Surtout, si elles choisissent d’être hors norme, elles doivent être fortes et prêtes à se protéger et à se défendre, à encaisser les coups et à en donner.

J’ai écouté en hochant la tête. J’ai réfléchi. Ma conjointe avait raison. Nous allons sûrement avoir un autre débat avec les filles sur ce sujet…

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