On parle beaucoup de «crise migratoire» pour décrire l’arrivée de nombreuses personnes qui tentent de franchir les frontières européennes. Cette façon de présenter les choses laisse entendre qu’il s’agit de migrants et de migrantes. Le choix des mots n’est pas neutre. Si ce sont des migrants, rien n’oblige à les laisser entrer.

Voyons-y de plus près.

Selon le dictionnaire Larousse, la migration est définie comme un déplacement volontaire d’individus ou de populations d’un pays dans un autre pour des raisons économiques, politiques ou culturelles. Cette définition du dictionnaire est également celle qui est retenue par les recherches scientifiques en sciences sociales. Ainsi, les théories migratoires s’intéressent essentiellement aux causes des migrations volontaires basées sur le désir des individus d’améliorer leurs conditions de vie.

Quant à la définition du refuge, elle est présentement inscrite dans la Convention de Genève de 1951 sur la protection des réfugiés. Selon cette convention, un réfugié est une personne qui «craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner». Cette définition établit clairement qu’il s’agit d’un déplacement «non volontaire». Par extension, on peut donc parler de «migration forcée». Soulignons que 148 pays ont signé la Convention (dont le Canada).

Or qui sont ces supposés migrants? Trois pays produisent actuellement la vaste majorité des personnes décrites comme migrantes et qui font la manchette presque tous les jours. Il s’agit de la Syrie, de l’Afghanistan et de l’Irak. Dans le cas de la Syrie seulement, environ 4 millions de personnes ont fuit le pays alors qu’un autre 10 millions ont été déplacées à l’intérieur du pays.

À ces trois pays, on pourrait rajouter le Myanmar où se joue présentement un conflit décrié comme un nettoyage ethnique et le Yémen en proie à une guerre civile. Mais il ne faut pas oublier les personnes d’origine africaine que les médias nous montrent entassées dans des bateaux sur la Méditerranée et dont plusieurs meurent noyées. Ces visages sans nom fuient également des pays en guerre: le Tchad, la République démocratique du Congo, l’Érythrée, et le Soudan du sud. De côté-ci de l’Atlantique, on peut penser au Mexique que fuient de nombreuses personnes menacées par les conflits entre l’armée et les barons de la drogue. Il est clair que ces personnes craignant pour leur vie sont des réfugiées.

Un des points importants de la Convention concerne le principe du non refoulement. Celui-ci stipule qu’aucun des États qui ont signé la Convention n’expulsera ou ne refoulera un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison des menaces mentionnées dans le paragraphe précédent. C’est ce principe qui établit un droit d’asile et qui fonde en quelque sorte la catégorie des «demandeurs d’asile». C’est au nom de cet accord international que le Canada a permis aux Haïtiens et Haïtiennes en provenance des États-Unis de franchir la frontière canadienne, leur permettant ainsi de demander le statut de réfugié. Le principe de non refoulement n’implique pas que toutes ces personnes ont un droit d’asile, mais qu’elles ont droit à un examen de leur situation.

Malheureusement, ce principe est actuellement mis en péril par de nombreuses mesures répressives de la part de la plupart des États, mesures associées à la fermeture des frontières. La mesure la plus fréquente consiste à intercepter les réfugiés avant leur arrivée aux frontières: soit en mer pour les retourner d’où ils viennent, soit en les parquant dans des îles (comme le fait l’Australie), soit en installant des points de contrôle («check points») à plusieurs kilomètres de la frontière comme le font les États-Unis avec la frontière mexicaine. Une autre mesure discutable a été d’inventer la notion de «pays tiers» sûrs. Cette politique oblige les réfugiés à faire leur demande d’asile dans le premier pays d’entrée. Pourtant, la plupart des pays de l’Europe de l’Est, membres de l’Union Européenne, sont souvent les premiers pays d’arrivée des réfugiés: or, ces pays ont carrément fermé leurs frontières.

Bref, autant de façons de contourner les obligations internationales du non refoulement.

Il est donc faux de parler de crise migratoire. Il s’agit plutôt d’une crise des réfugiés et c’est à ce titre que les États doivent trouver les moyens de respecter l’esprit de la Convention de Genève pour les réfugiés.

P.S. Une image vaut mille mots. À voir absolument, le film «Human Flow» (flux humain) de Ai Weiwei. Ce documentaire, actuellement en salle au Québec, raconte l’histoire de réfugiés à la recherche de sécurité et de justice et couvre plus de 20 pays, dont l’Afghanistan, le Bangladesh, la France, la Grèce, l’Allemagne, l’Irak, Israël, l’Italie, le Kenya, le Mexique et la Turquie. Il raconte aussi la réponse inhumaine des pays face à l’arrivée des réfugiés.

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