Les transferts monétaires constituent une ressource cruciale pour de nombreuses familles vivant dans les pays en développement. Toutefois, leur impact sur le développement socio-économique des pays demeure limité, voire parfois nul.

Il y a près de 250 millions de migrants internationaux dans le monde, c’est-à-dire des personnes qui vivent dans un pays autre que leur pays de naissance.  Cela équivaut à environ 3% de la population mondiale. Ce pourcentage peut paraître faible et pourtant, ces migrants contribuent chaque année à générer des revenus considérables qui retournent dans les pays d’origine.

Par exemple, selon les chiffres de la Banque mondiale pour 2017, les transferts monétaires vers les pays en développement s’élèvent à près de 430 G$US. Pour près de 25 pays en développement, ces transferts représentent plus de 10% du produit national brut (PNB), plus que l’aide publique au développement. Bref, les sommes transférées sont cruciales pour la survie de millions de familles bénéficiaires.

Par contre, l’impact des transferts au niveau global est une autre histoire. Depuis une vingtaine d’années, on parle de plus en plus de «transnationalisme». Dans cette conception de la migration, il n’est plus question de ruptures permanentes, mais plutôt du maintien des liens avec les milieux d’origine de sorte que la vie des migrants traverse les frontières nationales, réunissant deux (ou plusieurs) sociétés dans une seule réalité sociale.

Le transnationalisme véhicule une perception positive de la migration, perception qui a été largement reprise et diffusée par les organisations internationales, entre autres la Banque mondiale, l’Organisation internationale des migrations (OIM) et les diverses instances des Nations unies. Or, de nombreuses critiques ont tenté de relativiser l’engouement pour les capacités «développementalistes» des transferts monétaires et du transnationalisme.  En particulier, les études empiriques concernant les impacts des transferts monétaires suggèrent que ceux-ci ne peuvent à eux seuls avoir un effet significatif sur le développement économique d’une région (ou d’un pays) s’il n’existe pas de possibilités réelles d’investissements dans les localités où vivent les ménages bénéficiaires des transferts.

Bref, si les ménages ne peuvent pas surmonter certains obstacles – comme le peu d’accès au crédit, le manque de confiance dans les institutions, des politiques publiques défavorables à l’investissement, le peu de respect des droits fondamentaux –, les transferts monétaires n’auront pas d’effets significatifs sur le développement local ou national. C’est ce qui arrive dans de nombreux cas.

L’exemple du Burkina Faso est représentatif des nombreux pays dont les familles doivent compter sur les transferts monétaires pour survivre. Notre étude a démontré que malgré 100 ans de migrations circulaires entre le Burkina et la Côte d’Ivoire, les transferts monétaires ont eu peu d’impact sur le développement global du pays. Le Burkina demeure un des pays les plus pauvres de la planète.

Plus près de nous, on peut citer Haïti, un cas typique où la diaspora, dont celle de Montréal, envoie d’importantes sommes d’argent dans leur pays (2,3G$ en 2016). Ces sommes servent essentiellement à couvrir certains frais comme l’éducation et la santé.  Mais à l’échelle globale, le pays demeure parmi les plus pauvres.

Le développement passe par la lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités sociales et politiques. Entre temps, les transferts vont continuer à représenter une ressource clé que procure la migration internationale. Bloquer celle-ci par des politiques migratoires restrictives remet en cause les stratégies de nombreuses familles, qui dépendent de l’option migratoire et des transferts monétaires.

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