Victor Piché Inscription sur ce qui reste du mur de Berlin (photo mai 2007).

Le chef du Parti Québécois, Jean-François Lisée, a proposé d’ériger un mur à la frontière du Québec afin de barrer la route aux migrants qui voudraient entrer au Québec en provenance des États Unis. À ma connaissance, c’est la première fois que l’idée d’un mur à la frontière américaine est abordée par un politicien et il fallait que cela provienne du Québec!

Cette proposition s’inscrit dans la foulée des nombreuses érections de murs qui ont foisonné depuis quelque temps un peu partout dans le monde comme solutions sécuritaires. Citant le site d’Élisabeth Vallet (professeure à l’UQAM), un article du journal Le Monde parle d’entre 70 et 75 murs construits ou annoncés. Actuellement, il y aurait 40,000 kilomètres de murs dans le monde.

La majorité de ces murs sont apparus après la chute du mur de Berlin en 1989. Quand on visite Berlin aujourd’hui, on peut voir sur ce qui reste du mur quelques graffitis, dont celui que j’ai photographié en 2007 et qui se lit comme suit: «The world’s too small for walls». On est loin de l’euphorie qui s’est emparée du monde en voyant des centaines de personnes détruire des parties de mur avec des outils souvent improvisés. On est loin de cet espoir d’un monde sans mur.

Le pire dans la proposition du chef du Parti Québécois est le fait de complètement évacuer la réflexion sur le «qui» et le «pourquoi» derrière la situation des migrants fuyant les États Unis. Il faut se rappeler que ce mouvement migratoire est causé par la menace du gouvernement américain de renvoyer certains groupes de migrants dans leur pays en annonçant la révocation du programme «Temporary Protected Status» (Statut temporaire protégé). Les personnes visées proviennent du Salvador, du Honduras et d’Haïti. Il suffit de taper ces trois pays sur le moteur de recherche Google pour constater qu’il s’agit de pays où la violence et l’insécurité sont parmi les plus répandues dans le monde.

Une des solutions immédiates qui s’impose n’est pas d’ériger un mur, mais de mettre un terme à l’Accord des tiers pays sûrs (en vigueur depuis décembre 2004) entre le Canada et les États Unis. En cela, je suis d’accord avec le chef du Parti Québécois. Cette entente, qui prévoit que les demandes d’asiles doivent être traitées par le premier pays sûr d’arrivée, permet au Canada de refuser l’entrée à la plupart des demandeurs en provenance des États-Unis. Cela explique pourquoi certains migrants préfèrent entrer de façon irrégulière, sachant qu’ils seront de toute façon refoulés s’ils s’adressent aux postes frontaliers canadiens.

Il faut rappeler que cette entente avait été (et est toujours) critiquée par les organismes de protection des droits de la personne en ce qu’elle constitue un instrument d’exclusion des demandeurs d’asile sud-américains et caribéens et contrevient à la Convention de Genève sur la protection des réfugiés.

«Le monde est trop petit pour des murs.»

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