Karine Dufour/ICI Radio-Canada Télé L’architecte Pierre Thibault (au centre) a fait un passage remarqué dimanche dernier à l’émission Tout le monde en parle.

Architecture. On s’est habitué ces dernières années à voir des humoristes, des chanteurs, des médecins, des avocats et des politiciens fréquenter le plateau de Tout le monde en parle (TLMEP) à Radio-Canada. Des architectes, pas
mal moins.

On peut compter sur les doigts les quelques émissions durant lesquelles on a effleuré, souvent par la bande, la thématique de l’architecture durant les 13 saisons de ce grand rendez-vous télévisuel dominical. Je pense notamment à Diane Dufresne, qui avait encensé l’architecte Maxime-Alexis Frappier, le concepteur du nouveau centre culturel de Repentigny. Une grosse minute architecturale!

Quelle ne fut pas ma surprise de constater, dimanche dernier, que notre société d’État consacrait une entrevue entière de 16 minutes à un architecte québécois de renom, Pierre Thibault, en solo, durant la première heure de l’émission.
L’équipe de TLMEP a frappé un grand coup en invitant ce vulgarisateur passionné et nuancé, qui a réussi à nous faire saisir, en quelques phrases clés, le pouvoir de l’architecture sur notre quotidien. Je pense notamment à nos institutions scolaires.
«L’école est notre premier contact avec l’espace public, premier contact avec l’architecture aussi, a-t-il souligné. Aujourd’hui, nous avons des boîtes entourées d’asphalte et d’une clôture Frost, ce qui ressemble étrangement au monde carcéral. […] Les plus belles écoles du Québec devraient être [situées] dans les milieux défavorisés. L’endroit où [les enfants] aimeraient aller, c’est l’école.»

Plus on l’écoutait, plus on avait le goût d’aspirer à un avenir meilleur pour notre société. On avait pratiquement envie de lui laisser notre ville entre les mains, particulièrement notre emblématique Silo no 5, déserté depuis trop longtemps, pour lequel il caresse un projet d’hôtel, d’observatoire et de parc linéaire.

En regardant l’entrevue, je me suis d’ailleurs demandé pourquoi on voyait si peu d’architectes ou de créateurs urbains commenter divers dossiers d’actualité, depuis la conception douteuse de certains espaces publics jusqu’aux hôpitaux qui ressemblent à de grosses thermopompes. Certes, des codes de déontologie interdisent à ces professionnels de se dénigrer personnellement entre eux, mais ils ne sont pas muselés pour autant. Ils ont le droit d’émettre des critiques constructives pour améliorer nos pratiques, pour tenter de mettre fin à la règle du plus bas soumissionnaire, pour exiger que la relève ait accès à la commande publique.

Et qu’on ne vienne pas nous dire que le public n’a pas d’intérêt pour les architectes ou les designers dans l’arène médiatique. «Je n’arrive pas à lire tous les courriels que j’ai reçus, m’a confié Pierre Thibault, à la suite de son passage à Radio-Canada. J’étais au restaurant et au cinéma, et des gens sont venus me parler de mon entrevue. Le sujet a vraiment touché une corde sensible.»

L’architecte me faisait également remarquer qu’un extrait de deux minutes, tiré de son entrevue et publié sur la page Facebook de TLMEP, avait été visionné quelque 415 000 fois au moment de mettre sous presse!

Cela en dit long sur l’intérêt du public pour le design et l’architecture lorsqu’on a affaire à des communicateurs passionnés, non? Clin d’œil, clin d’œil aux producteurs télé un peu trop frileux devant ce pilier de notre identité culturelle.

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