Google Street View Le 980, rue Cherrier

Il y a de ces bâtiments qui passent inaperçus dans le paysage urbain, mais qui se révèlent d’une grande richesse patrimoniale.

C’est le cas d’une petite maison blanche située au 980, rue Cherrier, à quelques pas du parc La Fontaine.

Isolée – pour ne pas dire étouffée – entre deux tours de 16 et de 20 étages, cette résidence tranche radicalement avec les styles architecturaux de ses voisines. En fait, on dirait une maison de campagne égarée au beau milieu de la ville.

Ce n’est pas un hasard : le bâtiment avait effectivement une vocation de summer house lors de sa construction, au milieu du XIXe siècle. À l’époque, le paysage du Plateau Mont-Royal était à l’opposé de celui qu’on connaît aujourd’hui, dense et bruyant: c’était un immense champ.

Malgré l’urbanisation du secteur, le 980, rue Cherrier a su résister aux pressions immobilières et est devenu, avec le temps, un des seuls témoignages du paysage rural qu’a connu le Plateau, ainsi qu’une des rares maisons de campagne datant de cette époque, à Mont­réal.

Pourquoi prendre le temps de vous parler de cette résidence? Parce qu’elle tombe en décrépitude, étant désertée depuis 2012. Sa toiture est en très mauvais état, le crépi se défait et une partie des fondations se désagrège.

À première vue, on pourrait croire à une autre banale histoire de propriétaire négligent, comme on en voit malheureusement trop souvent. Mais ici, ce n’est pas le cas, considérant son propriétaire : un certain… Guy Laliberté!

Sean O’Donnell, président immobilier de Lune Rouge (société d’investissement appartenant au fondateur du Cirque du Soleil), confirme l’acquisition de cette propriété il y a environ un an. L’objectif de l’achat reste cependant nébuleux. «On n’a pas déterminé d’usage pour le moment, indique-t-il. Peut-être la vente ou le développement.»

Le développement de quoi, au juste? La question s’impose, considérant que cette société d’investissement mise généralement sur des projets immobiliers d’envergure pour faire fructifier ses actifs. On peut notamment penser au controversé dossier de la Maison Alcan.

Or, cette petite maison blanche, dont la valeur du terrain à elle seule frôle 2M$ selon le rôle d’évaluation foncière de la Ville, affiche peu de potentiel pour engranger de grands profits. Dans ce contexte, se pourrait-il qu’on laisse l’édifice volontairement à l’abandon pour forcer une éventuelle démolition? Le terrain pourrait alors servir à l’érection d’une tour résidentielle, ce qui deviendrait largement plus profitable d’un point de vue immobilier.

Ce scénario inquiète d’ailleurs le maire du Plateau, Luc Ferrandez: «Ce qui est patrimonial doit rester patrimonial. Même si la maison a été coupée de son contexte
initial, il reste que c’est un rappel de l’histoire, des maisons bourgeoises qu’on installait le long de la Côte-à-Baron [la rue Sherbrooke].»

Si la démolition ne correspond pas aux véritables intentions de Lune Rouge, qu’attend-on pour remettre la résidence en bon état? Difficile de croire que son propriétaire n’a pas les poches suffisamment profondes pour l’entretenir adéquatement.

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