Adrien Williams Résidence St-Zotique, rue St-Zotique, Montréal.

La créativité de nos architectes montréalais est-elle trop brimée par les divers règlements d’urbanisme des arrondissements, particulièrement dans le domaine résidentiel?

La question a récemment été soulevée alors que je me trouvais dans les bureaux de Nature Humaine, une jeune firme d’architectes faisant plus en plus jaser au Québec… et même à l’extérieur de nos frontières. Leurs récents projets, comme la Stacked House ou les Résidences St-Zotique, ont notamment attiré l’attention de grands blogues internationaux, tels que ArchDaily, pour leur originalité et leur grande qualité architecturale.

IMMO_02 - La Couleuvre_c100Mais comme me l’explique si bien Stéphane Rasselet, cofondateur de la firme, la créativité résidentielle en sol montréalais a un prix: celui d’importantes négociations auprès des autorités municipales. «Il faut parfois confronter les arrondissements avec des idées un peu extrêmes, affirme-t-il. Parce que quand tu te promènes sur les rues de Montréal, en général, c’est de la maçonnerie que tu retrouves. Plusieurs arrondissements exigent au moins 80% de briques en façade pour de nouvelles constructions. Tu peux faire des choses intéressantes avec de la brique, mais il y a des limites!»

Ce sont d’ailleurs ces «limites» qui donnent l’impression que l’architecture contemporaine est pratiquement effacée de notre panorama résidentiel montréalais, comparativement à l’Europe ou à l’Australie. Les arrondissements gèrent de façon très stricte le choix des matériaux que peuvent utiliser les architectes, l’apparence de certains bâtiments et leur intégration urbaine. On s’assure ainsi d’obtenir une uniformité visuelle dans nos quartiers, minimisant les «dérives» architecturales que pourraient engendrer les promoteurs immobiliers.

Mais c’est une arme à double tranchant, surtout pour une Ville UNESCO de design. Les architectes imaginatifs et responsables peuvent parfois avoir de la difficulté à naviguer à travers une réglementation aussi rigide. Les possibilités d’innovations se limitent donc fréquemment au design intérieur des propriétés, ou encore, à leur cour arrière. «C’est dans les ruelles à Montréal qu’on fait ‘‘Wow!’’ et qu’on se rend compte qu’il y a du talent en architecture, poursuit M. Rasselet. On a heureusement beaucoup plus de liberté à l’arrière des bâtiments qu’à l’avant.»

Stéphane Rasselet rêve du jour où il pourra se permettre des gestes plus radicaux dans ses projets, qui permettraient d’afficher une richesse architecturale plus variée sur le plan des formes, des couleurs et des matériaux. Malgré tout, il observe de plus en plus d’ouverture d’esprit dans certains secteurs, notamment sur le Plateau et dans Rosemont. «Ce qui fait vraiment la différence au niveau des arrondissements, c’est qu’il y a des chefs urbanistes qui sont passionnés par l’architecture et qui ont un intérêt à autoriser des trucs plus osés. Ça devient plus facile à ce moment-là de faire passer nos projets.»

Reste que le cofondateur de Nature Humaine doit avouer que l’ouverture d’esprit ne suffit pas toujours quand l’innovation architecturale est gérée par une série de critères administratifs plutôt que sur la qualité du projet lui-même.

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