Archives Métro L’Agora, de l’artiste Charles Daudelin

Faire de la politique de proximité ne se résume pas seulement à célébrer des mariages à l’hôtel de ville et à prendre des selfies en public. C’est aussi écouter sa population.

Il serait plus que temps que le maire Denis Coderre le réalise en ce qui concerne le dossier du square Viger. L’idée de détruire l’Agora de l’artiste Charles Daudelin pour la remplacer par une banale place publique à proximité du CHUM est loin de faire l’unanimité.

Et entendons-nous ici. L’opposition grandissante quant à ce projet de 28M$ ne provient pas de quelques citoyens grincheux qui s’opposent systématiquement à tout changement dans leur voisinage. Elle provient de nombreux leaders en aménagement du territoire et du milieu culturel qui s’entendent unanimement sur les besoins de revitalisation de ce site déserté, mais qui jugent inacceptable d’y passer le bulldozer.

Pour Raphaël Fischler, membre émérite de l’Ordre des urbanistes du Québec et directeur de l’École d’urbanisme de l’Université McGill, «le projet que le maire veut imposer aux Montréalais ne mérite pas d’être réalisé. Il remplace une œuvre d’art public ambitieuse par un design sans forme ni caractère, qui ne reflète en rien la vocation d’agora de cet espace.»

Pour l’Association des architectes paysagistes du Québec, «le réaménagement du square Viger requiert la mise en place d’un processus de design exemplaire. Il faut revoir la méthodologie du projet, inclure les citoyens, analyser finement toutes les composantes du lieu et de son contexte et aller à la rencontre des meilleurs projets à l’étranger.»

Pour quatre de nos grandes institutions culturelles [soit le Musée des beaux-arts de Montréal, le Musée McCord, le Musée des maîtres et artisans du Québec et le Centre canadien d’architecture], «cette annonce [est une] contradiction avec l’identité de Montréal comme Ville UNESCO de design et son développement comme métropole culturelle».

Bref, ce sont des arguments que je partage entièrement.

Cependant, les lettres ouvertes ont beau se multiplier, le maire Coderre ne veut pas marcher sur son orgueil et ouvrir un dialogue constructif afin de réinventer l’œuvre existante. Plusieurs solutions de rechange permettraient pourtant d’en arriver à un consensus. Même le fils de Charles Daudelin, Éric [qui a dessiné les plans de l’Agora pour son père dans les années 1980], est ouvert à l’idée d’abattre des murs de l’œuvre et de la verdir.

Mais non, M. Coderre préfère foncer tout droit vers sa destruction, vers la solution facile. D’ailleurs, pourquoi autant d’empressement avec ce projet? J’ai la triste impression que c’est simplement pour découper un ruban rouge en 2017, année du 375e anniversaire de Montréal… et de sa prochaine campagne électorale.

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