Pour avoir participé à plusieurs consultations publiques, je peux dire que les commentaires qu’on y entend ne sont pas toujours des plus constructifs.

Les participants tombent aisément dans le «je, me, moi» et montrent peu de considération pour le voisinage ou l’avenir du quartier. Mais on a dépassé les limites la semaine dernière lors d’une petite consultation organisée par la Société de développement Angus (SDA) dans Rosemont–La Petite-Patrie.

L’objectif du promoteur était simple : peaufiner les derniers détails du Technopôle Angus, certainement un des projets immobiliers les plus novateurs en matière de développement durable au Québec. Tout ce dont on peut rêver pour un quartier vert et inclusif s’y trouve : des logements abordables pour les familles, du logement social, des espaces de travail et des commerces de proximité, une place publique qui allie biodiversité et échelle humaine, une densité fort appréciable et aucun stationnement de surface pour éviter les îlots de chaleur. Le clou du spectacle : une boucle énergétique, qui permet de récupérer la chaleur produite dans les bureaux et les commerces pour alimenter les résidences.

La SDA envisageait même de bâtir une école de 400 places, en partenariat avec la CSDM, pour soulager la surpopulation des établissements scolaires du secteur.

Pour réussir à mettre en œuvre une telle vision et assurer un équilibre financier au projet, le promoteur doit obtenir une dérogation de l’arrondissement afin de pouvoir bâtir jusqu’à 25 mètres de hauteur, soit huit étages, plutôt que les 22 mètres autorisés.

Le problème : quelques dizaines de riverains s’y opposent fermement avec des «arguments», ma foi, navrants. Certains affirment que davantage d’enfants dans le quartier viendraient brimer leur tranquillité. D’autres exigent de la SDA des condos «de luxe» plutôt que du logement abordable (qui se vendrait tout de même autour de 255 000 $ l’unité d’une chambre et 365 000 $ le logement de trois chambres) afin d’éviter de faire diminuer la valeur de leur propriété. Enfin, d’autres encore ont affirmé que le logement social et abordable attirerait des immigrants, qui viendront emboucaner le parc avec leurs barbecues.

«Je suis complètement bouche bée, me confie Christian Yaccarini, président de la SDA. On a tout fait pour obtenir le meilleur projet possible, mais on devra visiblement le repenser.»

Selon lui, un référendum pour obtenir le rehaussement requis de 3 mètres se solderait par un échec étant donné l’opposition qui s’organise. Et Dieu sait que les opposants à un projet se mobilisent beaucoup plus facilement que ceux qui l’appuient.

«Si je coupe deux étages à mon projet, je perds quatre millions pour équilibrer mon budget, poursuit-il. […] Est-ce que je vais devoir laisser tomber le logement abordable? Est-ce que la mise en place de la boucle énergétique serait rentable dans un tel contexte? On se pose la question.»

Impossible de ne pas ressentir l’immense déception de M. Yaccarini au bout du fil. Et avec raison. Dans sa forme actuelle, ce futur quartier deviendrait une carte de visite remarquable pour Montréal, qui établirait de nouveaux standards dans l’industrie immobilière. Si on élimine des éléments aussi majeurs que le logement abordable et la boucle énergétique, l’ADN du projet s’effrite tristement, tout comme son charme.

Et qu’est-ce qui explique tout ça? En grande partie l’intolérance et le racisme. La question de la hauteur des édifices semble bien secondaire.

Les référendums et les consultations devraient pourtant servir le bien commun, pas les intérêts personnels de quelques individus bornés. Y a-t-il des règles à repenser?

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