Getty Images Les nageuses canadiennes Kylie Masse, Rachel Nicol, Penny Oleksiak et Chantal Van Landeghem

Mecspliquer : v. tr. Expliquer avec condescendance, généralement d’un point de vue masculin, pourquoi les enjeux féminins ne sont pas importants, tout en considérant qu’on connaît mieux que son interlocutrice l’enjeu en question.

La première semaine des Jeux de Rio a été marquée, pour le Canada, par un tableau des médailles exclusivement féminin. La singularité de la chose a évidemment retenu l’attention de quelques médias, dont RDS, Radio-Canada et Métro. Dire que ce rare intérêt pour les exploits sportifs des femmes en a agacé plusieurs serait un euphémisme. De l’exercice de relativisation à l’accusation de sexisme anti-homme, les mecsplicateurs s’en sont donné à cœur joie.

Voici quelques exemples (les fautes ont parfois été corrigées par grandeur d’âme):

«C’est quand même drôle de voir certaines filles se fier à ça pour dire des trucs comme “on est les best aux olympiques” alors que la plupart d’entre elles sont sur Facebook en train de vider leur sac de Cheetos» (93 likes).

«Que ce soit les hommes ou les femmes, l’important c’est de remporter le plus de médailles à la maison» (108 likes).

«Moi j’ai juste un bémol… Si ça avait été juste des hommes qui avaient remporté les médailles, pensez-vous qu’on aurait eu le droit au même genre de titre!?!!» (81 likes).

«Je suis content pour nos athlètes canadiennes. Mais en quoi est-ce une nouvelle? Y a-t-il un agenda derrière cet article? […] Est-ce qu’on ne peut pas être simplement fier de notre pays au lieu de constamment jeter de l’huile sur le feu de la guerre culturelle? Honte à vous, Radio-Canada, qui tombez dans le piège de la gauche caviar» (52 likes).

Sans compter cette question posée à l’émission d’Éric Duhaime: «8 médailles amassées par des Canadiennes, versus 0 par les hommes. Est-ce la preuve que les femmes dominent dans notre société?»

Certes, on ne peut juger du sexisme d’une société aux commentaires qui sévissent sur l’internet. Mais disons que certains cachent mal leur inconfort à voir autre chose que des hommes monopoliser l’attention sportive.

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Cela dit, voici pourquoi c’est une nouvelle que les femmes, canadiennes ou non, s’illustrent en sport. Les femmes ne sont admises aux JO que depuis 1928. Cinq pays n’ont pas présenté de femmes à Rio. À l’échelle mondiale, les femmes atteignent la parité (au moins 40%) aux JO depuis 2004 seulement. Les femmes qui compétitionnent sont encore victimes de sexisme de la part des commentateurs et des analystes. Leurs exploits sont minimisés par rapport à ceux des hommes, lorsqu’ils ne sont pas carrément oubliés. Elles sont présentées comme les conjointes d’athlètes masculins. Certaines d’entre elles subissent des ablations du clitoris ou des ovaires parce que leurs taux de testostérone sont jugés trop élevés. En dehors du contexte olympien, elles ne bénéficient que de 5% de la couverture médiatique et de 0,4% des commandites sportives.

Les hommes domineront toujours les femmes sur le plan de la force physique. Serena Williams ne battra jamais Rafael Nadal. C’est correct. On le sait. Alors pourquoi se sentir aussi menacé par le succès des femmes?

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