Collaboration spéciale Ricardo

L’an passé, on s’offusquait qu’une humoriste française se moque de l’accent québécois avant de traiter Marie-France Bazzo d’«épaisse». Nous condamnions tous en chœur le vidéoclip de Natasha St-Pier brossant un portrait faux et racoleur de l’Acadie. Récemment, nous avons applaudi à l’unisson à un coup de gueule de l’animatrice Monique Giroux contre les journalistes culturels français qui ponctuent leurs articles sur le Québec de clichés et de mots d’église tout à fait inappropriés. Et mardi, quand un reporter d’Elle France a utilisé les expressions «Nouvelle-France» et «gentleman trappeur» dans son article sur Ricardo, c’est le Québec au complet qui semble s’être braqué contre la surdose de clichés.

Personne n’a pensé que nous avions l’épiderme trop sensible, que nous manquions d’humour ou qu’un excès de rectitude politique allait finir par avoir raison de cette liberté d’expression qui nous est si chère. Ce sont pourtant les commentaires qui ressortent lorsqu’on critique les stéréotypes utilisés pour dépeindre les membres des Premières Nations. Lorsqu’une mère a exprimé son malaise devant l’utilisation de coiffes autochtones par des enseignantes d’une école d’Outremont, on a qualifié l’affaire de «fausse controverse» et de «tempête dans un verre d’eau».

C’est peut-être l’occasion de comprendre pourquoi les autochtones ne voient pas toujours comme un «hommage» le fait de cantonner leur identité dans des lieux communs. «Ce n’est pas exactement pareil, mais j’aime utiliser ce parallèle parce que c’est venu toucher la corde sensible des Québécois, alors si ça peut les amener à comprendre, tant mieux», pense Widia Larivière, cofondatrice de la section québécoise d’Idle No More.

Mais c’est différent. «Les Québécois se considèrent parfois comme un peuple opprimé, mais la colonisation et la dépossession qui ont touché les autochtones n’ont pas de commune mesure avec l’oppression des Québécois», explique-t-elle. Ce qui se rapproche le plus d’un rapport de domination entre Québécois et Français, c’est au pire cette fâcheuse habitude qu’ont certains Hexagonaux de se croire supérieurs aux habitants des anciennes colonies. Imaginez que ceux qui rient de vous traînent un passé de colonisateurs qui continue d’avoir des répercussions sur votre communauté. Ça serait quoi, qu’on se garde une petite gêne quand vient le temps de rire des minorités opprimées?

Sur Facebook, Widia Larivière faisait remarquer que le journaliste français se disant bien intentionné avait offert ses excuses aux Québécois alors que les autochtones accusant l’entreprise Ungava d’usurper tout aussi maladroitement les codes culturels des Inuits pour faire des profits se font accuser d’avoir des réactions excessives. Des hommes livrant des chants de gorge – une pratique habituellement réservée aux femmes –, des caractères inuktituts qui ne veulent rien dire, des filles blanches vêtues de faux parkas sexys appelées «Inuit girls»: voici seulement quelques exemples du marketing d’Ungava. Aviez-vous seulement entendu parler de cette controverse? Non? Mais qu’est-ce qu’on s’est marrés, par contre, en lisant le portrait de notre gentleman trappeur en Nouvelle-France, espérant que les Français ne pensent pas vraiment qu’on sacrifie des cochons à la cabane à sucre.

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