Paul Chiasson/La Presse Canadienne

Lundi soir, à En mode Salvail, Charles Lafortune nous apprenait que cet été, dans les coulisses de l’émission Déjà Dimanche, François Legault – celui qui voulait faire passer un test sur les valeurs d’égalité homme–femme aux nouveaux arrivants – avait demandé à Sophie Prégent si SON MARI avait déjà pensé se lancer en politique. C’est alors que la maquilleuse du plateau aurait fait remarquer au politicien qu’il s’adressait à la présidente de l’Union des artistes.

Les femmes semblent dotées d’un superpouvoir: le don d’invisibilité.

M. Legault avait devant lui la candidate idéale, mais il ne la voyait pas. Pourtant, de tous les chefs de parti au Québec, c’est lui qui devrait être le plus à l’affût des candidatures féminines: avec seulement 23% de candidates, c’est une des critiques qu’on assène le plus souvent à la CAQ.

Il n’y a pas qu’en politique que les femmes sont invisibles. Il aura fallu que près de six millions de Polonaises se mobilisent pour que les politiciens à l’origine d’un projet de loi contre l’avortement décident de «réfléchir et d’aborder la chose avec humilité».

Nous avons accepté pendant quatre ans qu’une seule dragonne incarne l’entrepreneuriat féminin à l’émission Dans l’œil du dragon, avant que les femmes d’affaires Caroline Néron et Christiane Germain se joignent à l’équipe. Ne trouvions-nous pas d’autres candidates potentielles avant? Sur les réseaux sociaux, on a remis en question les compétences des dragonnes. La première a réussi à atteindre un chiffre d’affaires de 15M$ en huit ans, la seconde est à la tête d’un groupe hôtelier qui génère des revenus de 21M$ par année. François Lambert, lui?

Non seulement les femmes sont invisibles, mais leur absence l’est aussi. On commence à peine – grâce à des initiatives telles que Décider entre hommes – à remarquer quand un panel est composé seulement d’hommes. Récemment, lors d’un spectacle célébrant la diversité, le rappeur Koriass a remarqué que Laurence Nerbonne était la seule fille parmi les 13 artistes invités. Il l’a souligné, et ça a suscité un malaise.

On ne reconnaîtra jamais assez l’importance que des alliés dénoncent le système qui maintient les femmes dans l’ombre. Le lendemain, dans un geste encore plus risqué, Laurence Nerbonne a à son tour abordé la question sur le portail d’Urbania. Son texte, Moi pis mes bros only, relate son expérience de one of the boys. «Je me souviens de l’attente, écrit-elle. L’attente qu’un d’eux me fasse une passe, l’attente qu’on me choisisse dans son équipe, l’attente qu’un d’eux me fasse un hug, parce qu’il est content qu’on fasse un but, ensemble.»

En politique, comme en musique, comme en cuisine, comme en affaires, les femmes continuent d’attendre les passes de la part d’hommes qui ne les voient pas, qui ne les considèrent pas comme leurs bros, qui ne les imaginent pas candidates. Le texte de Laurence Nerbonne est pratiquement passé inaperçu. Celui dans lequel Koriass a fait son coming out de féministe lui a valu une tonne de reconnaissance.

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