Ne prenez pas de risque: ayez toujours une bonne conduite. Il y a de fortes chances que vous soyez filmés en ce moment. En fait, dès que vous mettez le pied dehors, vous vous exposez au danger de vous retrouver dans la lentille d’un enfant du millénaire en train d’alimenter sa story par de petites vidéos banales et fugaces sur Instagram ou sur Snapchat. Et, on va se le dire, ça commence à être gossant.

Lors de l’ouverture de la boutique éphémère de Frank and Oak, une gestionnaire de communauté enthousiaste captait les allées et venues des curieux venus tâter les morceaux de la nouvelle collection pour femmes. Une demi-heure plus tard, ma blonde se retrouvait sur le compte Snapchat de l’entreprise, en train de survoler les supports à vêtements. Quelques heures plus tard, elle se ramassait dans une autre vidéo Instagram prise, celle-là, au concert d’Adele. LE MÊME SOIR!

En réalité, elle n’était fâchée de son apparition dans aucune des deux vidéos. Contrairement au couple adultère qui s’est retrouvé dans MA story ce soir-là, elle n’avait rien à se reprocher. Mais on conviendra que de voir par hasard sa vie être documentée lors de deux événements distincts, dans une même soirée, par des quidams, a de quoi surprendre. Et bien qu’il s’agisse d’une situation anecdotique, cette dernière illustre l’atmosphère de téléréalité dans laquelle on baigne, avec la multiplication des canaux de diffusion de l’intime. Lors d’un dimanche achalandé sur le mont Royal, on peut facilement se retrouver à son corps défendant dans une dizaine de plans capables de reconstituer tous nos faits et gestes – en cas d’attentat, mettons. Finalement, Big Brother, ça sera chacun de nous.

On l’a vu avec la diffusion des Trump tapes: nous n’agissons pas exactement de la même manière en privé que lorsque nous savons que nous sommes filmés. Or, plus personne n’est à l’abri de voir sa conversation de vestiaire, sa relation adultère ou sa passion cachée pour les meurtres et mystères être étalée au grand jour. Et bien qu’il soit trop tard pour espérer que nos existences passent incognito au cours d’événements publics comme des soirées mondaines ou des spectacles, force est de constater qu’une éthique de la story devient de plus en plus nécessaire.

Je n’ai pas vraiment de règles claires à proposer, sinon l’extension de celles qui prévalent normalement en société. On ne devrait pas plus montrer de l’objectif qu’on montre du doigt. On devrait probablement demander l’autorisation de ceux qui tiennent le premier rôle dans nos stories avant de soumettre leur vie au regard cru des médias sociaux. Et finalement, on pourrait tous convenir qu’une story de qui que ce soit à la sortie d’un bar aux petites heures du matin est une idée vouée aux regrets.

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