Chic, un nouveau débat sur les artistes! Le dernier en liste oppose l’esprit cartésien d’un comptable pointilleux à l’esprit de contradiction d’une chroniqueuse culturelle, le premier soulignant les incohérences de l’impôt des particuliers en matière de fiscalité des artistes, la seconde prenant la défense des principaux intéressés.

Je ne crois pas que mon collègue Pierre-Yves McSween, nouvellement admis dans la grande famille de l’Union des artistes, ait une dent contre ses nouveaux compères ou même qu’il ait agi de mauvaise foi envers eux. Je pense toutefois qu’il a peut-être sous-estimé le fait que ces questions s’inscrivent dans un contexte de discussion plus large sur la place des artistes dans notre société.

On peut bien sûr remettre en question les avantages fiscaux des artistes avec des arguments rationnels comme le fait McSween. Mais, ce discours, en a-t-on vraiment besoin? Est-ce vraiment ce dont le Québec manque, une remise en question des aides aux artistes, aussi communément appelés «bs de luxe» par moult radios poubelles? N’est-ce pas ce que le contribuable frustré rumine constamment, sa haine des gratteux de guitares vivant aux crochets de l’État?

Même si McSween prend bien soin de préciser qu’il ne juge ni bons ni mauvais les avantages fiscaux des artistes, qu’il ne fait qu’en vérifier la pertinence, c’est, qu’il le veuille ou non, dans ce contexte que son discours s’inscrit. On comprendra dès lors la susceptibilité de certains artistes à la lecture de ce texte pourtant très méthodique et raisonné.

Ce n’est pas pour rien que les revenus des artistes soulèvent autant de passions. Les plus visibles d’entre eux sont souvent les plus fortunés. Leur succès irrite sans doute ceux qui ont fait le choix raisonnable d’un emploi ennuyant mais sécuritaire, plutôt que de poursuivre leur rêve, craignant les périls d’une vie de misère à écrire des poèmes un foulard au cou pour compenser l’absence de chauffage, sachant que la grande majorité des artistes ne parvient jamais au sommet.

C’est d’ailleurs ces craintes que projetteront parents et amis tentant de décourager ceux qui auraient l’audace d’emprunter cette voie. En début de carrière, les artistes se feront constamment rappeler à quel point leur choix est risqué, combien il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, et que c’est bien beau rêver, mais qu’à un moment donné, il faudra faire face à la réalité. La plupart des artistes connaissent en effet la misère. En 2006, une étude démontrait que le salaire moyen de ceux-ci était de 24 600$, contre 32 000$ pour le commun des mortels. Ceux qui s’en sortent mieux ne sont pourtant pas sortis de l’auberge.

Société judéo-chrétienne oblige, on enjoindra les rares qui réussissent finalement à tirer leur épingle du jeu à faire preuve de modestie, quand on ne leur reprochera pas carrément leur vie de pacha. On oubliera alors tous les sacrifices qu’ils ont fait pour en arriver là, et tous les risques dont on avait bien pris soin de les prévenir. Et bien sûr, lorsque viendra le temps de casser du sucre sur le dos artistes, on oubliera cette majorité d’infortunés qui ont justifié le choix raisonnable d’un emploi ennuyant mais sécuritaire.

Finalement, tout est une question d’angle. Dans sa réponse à Nathalie Petrowski, McSween reproche à cette dernière d’employer le sophisme de la double faute puisqu’elle oppose l’odieux salaire des PDG aux avantages fiscaux des artistes sans que les deux sujets n’aient de lien causal. C’est vrai. Mais Petrowski souligne surtout l’ironie du choix de sujet de son collègue.

On peut bien sûr, après avoir accédé personnellement à un statut qui nous amène à découvrir une situation dont on ignorait les détails, décider d’écrire une chronique sur les avantages fiscaux des artistes. Mais au moment où la nouvelle de l’heure est le salaire ahurissant de certains PDG, le timing n’est peut-être pas idéal. Après tout, eux aussi doivent bien avoir accès à deux ou trois avantages fiscaux de plus que la coiffeuse du coin.

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