Jacques Boissinot/La Presse canadienne MarieChantal Chassé

Cette semaine, une ministre a été démise de ses fonctions et il n’en fallait pas plus pour que certains – commentateurs du dimanche ou analystes aguerris – ne mettent en cause la parité, qui serait à l’origine de sa nomination. C’est simple: François Legault avait promis un gouvernement paritaire, MarieChantal Chassé a été nommée ministre, certains hommes ont été privés de cet honneur, Mme Chassé s’est avérée incompétente, la volonté de parité était donc une erreur.

Ce qui est fascinant dans ce raisonnement est qu’il met en évidence les privilèges mêmes qui rendent nécessaire l’effort fait pour atteindre une plus grande équité en politique. Jamais un homme incompétent ne sera soupçonné d’être en poste en raison de son appartenance au boys club.

Cette analyse semble en outre pouvoir se passer commodément d’une panoplie d’autres variables que le genre. Le manque d’intérêt du gouvernement pour la chose environnementale, assez centrale dans les responsabilités d’une ministre de l’Environnement, apparaît incontournable. Le fait que MarieChantal Chassé ait cumulé des expériences dans le milieu des affaires plutôt que dans celui de l’environnement en est une autre.

Rien de mieux pour saboter un concept que de l’appliquer tout croche pour démontrer qu’il ne fonctionne pas.

Mais on peut aussi prendre en considération la variable genre sous un tout autre jour. Se peut-il que Mme Chassé ait fait l’objet d’un jugement plus sévère précisément en raison de son genre? On a dit de François Legault qu’il avait été courageux de renvoyer Mme Chassé et on a attribué cette vertu à son passé d’homme d’affaires. Ce n’est pas comme si la CAQ avait des scrupules à renvoyer des femmes, comme la formation l’a démontré dans le dossier des signes religieux. Faut-il vraiment du courage pour démettre une ministre qui fait l’objet de moqueries constantes et qui est devenue une source d’embarras? On parlera de courage le jour où autant de ministres masculins seront à un topo d’Infoman de perdre leur job.

Il y a la parité, puis il y a la manière de la mettre en pratique. Rien de mieux pour saboter un concept que de l’appliquer tout croche pour démontrer qu’il ne fonctionne pas. Les Anglais ont un terme pour désigner le fait de nommer des femmes pour nommer des femmes, sans égard à leur champ d’expertise: le tokenisme. Cette stratégie ne sert que ceux qui sont convaincus que les quotas favorisent l’incompétence, contrairement à ce que démontrent les recherches les plus sérieuses. Pourtant, d’autres femmes compétentes auraient pu être nommées à ce poste. On suppose qu’avec sa formation de biologiste et son expérience de directrice d’un conseil régional d’environnement pendant 10 ans, la députée d’Argenteuil, Agnès Grondin, était surqualifiée pour le poste.

Finalement, un analyste a comparé la parité à la charité en affirmant qu’elle devrait être, comme cette dernière, «bien ordonnée». La suite de ce dicton est que «charité bien ordonnée commence par soi-même». C’est assez révélateur du biais encore favorable aux hommes dans ce domaine. Comme si la politique leur revenait de droit et qu’ensuite, s’il restait de la place, on pouvait y ajouter les femmes.

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