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Chaque année, la Journée sans maquillage fait plus jaser qu’elle ne fait de femmes se démaquiller. Le concept commençait à devenir mainstream et on s’apprêtait presque à voir les présentateurs de téléjournaux, hommes et femmes, se démaquiller pour la cause, ce qui aurait créé son effet, croyez-moi. Mais ce qui est plutôt devenu le courant dominant, c’est de s’insurger contre la Journée sans maquillage. Et pas nécessairement parce qu’on aime vraiment trop ça se maquiller…

Personnellement, je ne suis ni pour, ni contre la Journée sans maquillage, au contraire. En fait, je suis exactement autant en accord avec celles qui en font la promotion qu’avec celles qui s’y opposent, ou encore celles qui proposent des alternatives, comme la «Journée sans uniformité» ou la «Journée sans blagues plates au sujet de la Journée sans maquillage».

Par ces oppositions, discussions et débats, pourtant, la journée sans maquillage remplit exactement son mandat : nous faire réfléchir sur notre rapport au maquillage. Plus que ça, elle nous emmène à concevoir que chaque personne a un rapport très personnel avec le maquillage. Certaines y sont dépendantes, d’autres le font pour elles, d’autres croient qu’elles le font pour elles et réalisent qu’il en est autrement lors de la Journée sans maquillage, d’autres encore se félicitent de ne s’être maquillées que trois fois tout au plus dans l’ensemble de leur carrière de femme.

À l’occasion de cette journée, par exemple, l’animatrice Marie-France Bazzo en a profité pour nous livrer un vibrant témoignage sur son rapport au maquillage. «Le maquillage est une chose formidable, a-t-elle commencé. C’est une politesse qu’on fait à autrui, c’est un immense plaisir, c’est un jeu, c’est un moment à soi, pour soi; c’est une célébration, c’est une offrande qu’on fait aux autres […] c’est une béquille, c’est une assurance, c’est un boost, […] c’est une armure […] c’est un geste de pouvoir […], c’est donner l’image de soi qu’on veut bien donner […]».

Les éditos de l’émission du matin font rarement le tour de la planète autant que cette tirade. Certaines personnes s’y sont accrochées parce qu’elles s’y reconnaissaient, d’autres ont critiqué l’animatrice de mener à mal une initiative qui vise justement à faire comprendre aux femmes qu’elles n’ont pas besoin de maquillage, d’autres, surtout, ont eu pitié de la femme qui n’anime jamais sans ses talons hauts d’être aussi dépendante de son armure. Je comprends que ce que l’animatrice voulait dire, c’est «sacrez-moi patience avec votre Journée sans maquillage, le maquillage, ce n’est pas nécessairement mal». Je trouve ce témoignage important, car il reflète le rapport qu’ont plusieurs personnes avec leur rituel de beauté, bien que j’eus trouvé plus judicieux que madame Bazzo conjugue son coup de gueule à la première personne, puisqu’il s’agit aussi d’un rapport dans lequel bien des femmes ne se reconnaissent pas.

J’entends aussi dans cette critique une révolte contre le discours moralisateur entourant la Journée sans maquillage. Plusieurs comprennent qu’on veut diaboliser le maquillage, en faire une sorte de symbole suprême de l’oppression de la femme, alors qu’il s’agit d’un choix personnel – comme pour le voile -, et que des symboles d’oppression, il y en a bien d’autres, on en conviendra. Je crois toutefois que, contrairement à la journée En ville sans ma voiture, l’objectif de la Journée sans maquillage n’est pas de nous faire réfléchir sur notre consommation de maquillage dans le but ultime de s’en passer ou même d’en réduire l’utilisation. Elle vise plus modestement à nous faire réfléchir. Je sais, chers lecteurs, que vous n’avez pas besoin d’un magazine féminin pour réfléchir, mais pensez aux autres.

Parlant de magazine féminin, évidemment, l’autre critique souvent formulée à l’endroit de la Journée sans maquillage est son hypocrisie. Comment des magazines qui nous vendent du maquillage à l’année longue peuvent-ils se dédouaner sans scrupules en nous disant que «se maquiller c’est mal» une fois par année? La contradiction est si flagrante qu’il paraît grotesque de la souligner. C’est oublier que l’industrie du magazine, même celle du magazine féminin, est dominée par des hommes, et qu’à la tête de ces entreprises, des pdg et membres du CA se contrebalancent bien de l’effet pernicieux de leurs pubs sur une clientèle vulnérable. Tout ce qui compte, je ne vous apprends rien ici sur les vertus du capitalisme, c’est le profit. Dans ce contexte, c’est presqu’un miracle que des rédactrices en chef aient réussi à vendre à leurs patrons l’idée de scraper l’image des principaux annonceurs une fois par année en s’adressant à leur public le plus captif.

Après ça, vous n’êtes pas obligées d’obéir à cette activité de réflexion. Personne ne vous dira «Heille, tu t’es MAQUILLÉE, traître!». Vous n’avez même pas à vous sentir coupable de ne pas y adhérer. Vous pouvez même faire un pied de nez à la patente et criant haut et fort que c’est la journée où vous appréciez le plus votre Rimmel. Parce que justement, parmi les prétentions de la Journée sans maquillage, il y a celle de nous questionner sur qui devrait avoir l’autorité de nous dire si on doit se maquiller au non. La réponse que l’on découvrira au terme de l’exercice: personne. Que nos chums, épouses, collègues, consoeurs et magazines féminins aient une opinion sur ce que l’on met dans notre face – combien d’hommes j’ai vu se targuer de n’être absolument pas embarrassés à l’idée que leur femme déambule sans fard – n’est pas important.

Ce qu’il faut retenir de cette journée, c’est que tous ont un rapport qui leur appartient avec le maquillage, la beauté, la conformité, l’apparence, et plus largement, l’image qu’ils présentent d’eux-mêmes, et que ce rapport très personnel ne devrait être jugé ni en bien ni en mal, ni prescrit, ni proscrit. En soi, c’est une réflexion féministe. Sûrement trop soft au goût de certaines, mais c’est un bon début.

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