«Nous savons que la violence et la vulnérabilité sont associées à la prostitution», disait Peter MacKay, un mois avant le dépôt de son controversé projet de loi encadrant le travail du sexe. «Tout suggère que la prostitution n’est pas réellement un choix, qu’elle est accompagnée par la violence, l’intimidation, des enlèvements dans certains cas et, souvent, la dépendance et le chantage», disait-il récemment, comme comme si le fait de vendre des services sexuels ouvrait forcément la porte à une claque sur la gueule.

Entre ça et «elle a couru après : elle portait une mini-jupe», il y a un pas qu’on ne franchira pas ce matin. Quand même, quel message le législateur envoie-t-il en liant ainsi inéluctablement prostitution et violence? Que c’est normal d’abuser d’une femme qui vend des services sexuels? Compte tenu que violence et vulnérabilité sont, dans les faits, prépondérants chez les prostituées, on serait tentés de croire que cela n’est pas une affirmation exagérée.

Mais qu’est-ce qui rend les prostituées plus enclines à être victimes de violence? Le simple fait de vendre des services sexuels? Ou la clandestinité et tout le jugement moral qui enrobe encore la sexualité non conventionnelle? Je vous laisse le soin de choisir.

Or, avec son projet de loi qui ne convainc pas même les abolitionnistes les plus radicales, Peter Mackay fait tout sauf protéger les prostituées de la violence, en rendant leur travail encore plus clandestin, et en les privant de «bons clients», comme c’est le cas en Suède, où juges, avocats et médecins, craignant l’opprobre populaire, ont laissé le champ libre aux bandits à la petite semaine qui n’ont rien à perdre en allant aux putes.

Dans ce débat entourant la prostitution, on a malheureusement tendance à dépeindre un portrait manichéen d’une réalité aux multiples visages. Dans le but de faire passer leur métier pour un travail comme les autres, certaines militantes, et un militant en particulier, dressent un portrait presque idyllique du travail du sexe. Ils se tirent dans le pied, car il s’agit d’une situation privilégiée que la majorité n’est pas prête à reconnaître comme réaliste ni même souhaitable. Certains vont jusqu’à voir dans leur discours celui du lobby d’une industrie hautement lucrative. Je comprends leurs soupçons.

Plusieurs travailleuses du sexe se retrouvent plutôt dans l’industrie par manque de choix, quand elles ne sont pas forcées carrément à vendre leur corps. C’est à ces problématiques qui rendent les prostituées plus sujettes à des actes violents que devrait s’attaquer une législation progressive en matière de prostitution.

Quand à celles qui exercent ce métier par choix, que vous y croyiez ou non et que ça vous plaise ou non, elles méritent que la loi les protège, et non qu’elle les rende plus vulnérables.

J’ai trouvé ce billet du philosophe Daniel Weinstock très lucide et nuancé.

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