Vendredi dernier, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que de rire aux dépens d’un ministre qui s’était solidement mis le pied dans la bouche. Bien sûr, je ne crois pas réellement que le ministre de l’Éducation voudrait couper dans tout ce qui ne tuera pas les enfants, mais je continue de trouver étonnant qu’un politicien expérimenté ait ouvert la porte aussi grande à la raillerie et/ou à l’exaspération, c’est selon.

J’ai eu la fin de semaine toutefois pour constater que pour bien du monde, la lecture est un luxe, un bonus qu’on offrira aux enfants si les surplus le permettent, et que pour le reste, il incombe aux parents de donner à leurs enfants le goût de lire. Je pense au contraire que la lecture, puisqu’elle est un important vecteur réussite et de mobilité sociale, est tout autant sinon plus du ressort de l’État.

On dit souvent qu’il est important de faire la lecture aux enfants dès leur plus jeune âge, avant même qu’ils ne sachent lire. De cette façon, lorsqu’ils arrivent à la maternelle, ils savent déjà tenir un livre adéquatement, ils comprennent que les mots sont porteurs de sens, que les pages se tournent une à une et que les phrases se lisent de gauche à droite, etc. Cela semble être la base, mais dans les faits, beaucoup d’enfants arrivent à l’école sans posséder ces compétences préalables à la lecture. Ils arrivent donc à l’école avec ce petit retard qui fait boule de neige et peut miner l’ensemble de leurs apprentissages. C’est que leurs parents ne les ont pas mis en contact avec des livres avant qu’ils n’arrivent à l’école.

Pourtant, tous les parents, même les plus pauvres, ont accès à des livres. Mais la pauvreté n’est pas toujours que financière. Les enfants qui auraient le plus sévèrement besoin de livres sont souvent ceux dont les parents n’ont aucun intérêt pour ces objets embarrassants. Ce n’est pas tellement étonnant, quand on sait que 50% de la population éprouve de la difficulté à lire. Ce sont donc ces enfants, issus de milieux où la lecture n’est pas valorisée, qui seront les plus affectés par la pauvreté des bibliothèques scolaires. Les enfants les plus favorisés continueront de prendre de l’avance et les inégalités sociales n’auront d’autre choix que de croître.

Heureusement, certains adultes joueront un rôle déterminant dans la vie des enfants les plus vulnérables et, malgré le manque de ressources, réussiront à accrocher leur intérêt à quelque chose, que ce soit à la lecture ou au ballon-poire. Mais si le ministre voulait déresponsabiliser le gouvernement de son rôle d’éducateur et envoyer le message aux parents que donner le goût de la lecture entrait dans leur champ de compétences, c’est raté. Tout ce que l’on retiendra, c’est que la lecture, c’est du gravy pour les riches qui ont le temps de pelleter des nuages.

Ce qui est le plus inquiétant, c’est que ce ministre disait la semaine dernière à mon collègue Mathias Marchal que la persévérance scolaire était sa première priorité. Voilà quelqu’un qui ne semble absolument pas comprendre ce dans quoi il est.

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