Facebook.com/hamzachaoui85 Hamza Chaoui.

On va se le dire, les paroles qui sont attribuées à l’imam Hamza Chaoui sont répugnantes. En fait, a-t-on réellement besoin de se le dire? L’acceptation des homosexuels dans des fonctions électives, l’égalité hommes/femmes et le maintien de l’intégrité des membres supérieurs du corps en cas de vol ne font-ils pas déjà consensus, dans notre société démocratique?

Comme l’ont souligné quelques amis, notre bon Cardinal Ouellet, sur qui tout le monde se pâmait quand il est passé à ça de devenir le pape, a déjà avancé que l’avortement était injustifié même en cas de viol. D’autres personnes remettent régulièrement en question les bases de la démocratie. Des politiciens mentent comme des arracheurs de dents et/ou manipulent l’information le plus sereinement du monde de façon à favoriser leur idéologie. Ces gens-là ont des tribunes extraordinaires pour faire valoir des idées qui vont parfois à l’encontre de valeurs tout aussi consensuelles que la démocratie.

Alors c’est quoi le problème avec l’imam Hamza Chaoui? Le problème, c’est qu’on a décidé que la liberté d’expression était la valeur la plus fondamentale de la démocratie au même moment où on a décidé que cette liberté devait s’appliquer seulement à ceux dont les idées nous plaisent. Facile. Le vrai test de la liberté d’expression se pose pourtant lorsqu’il n’y a pas consensus. Lorsque les idées dérangent. Sinon, votre beau show pour la laïcité liberté d’expression, ça ne veut plus rien dire.

Assumer que la liberté d’expression s’applique à tous, même aux pas fins, n’implique pas que l’on réagisse mollement à des propos aussi dérangeants que ceux de l’imam Chaoui. La liberté d’expression, ça veut aussi dire la liberté de critiquer. Si Réjean Tremblay a le droit de dire des niaiseries sur les garderies à je-ne-sais-plus-quel-prix et si Denise Bombardier a le droit de dire que c’était mieux quand les homosexuels avaient des enfants avec des femmes, j’ai le droit de leur dire avec la plus grande condescendance du monde qu’ils sont dans le champ. J’ai aussi le droit d’aller manifester les seins nus devant le centre communautaire de l’imam Chaoui pour le troller* si je veux.

Comme l’a dit brillamment Haroun Bouazzi, le coprésident de l’Association des musulmans et des arabes pour la laïcité au Québec, si notre réponse aux prédicateurs qui s’attaquent à nos principes démocratiques tel que l’égalité sans discrimination et la liberté d’expression est de saper à la fois l’égalité et la liberté d’expression, ce sont les prédicateurs qui gagnent, pas la démocratie.

Politiquement, il faut toutefois en convenir, il y a quelque chose de très habile dans le fait de fabriquer des règlements pour empêcher un imam que personne ne veut avoir dans sa cour d’ouvrir un centre communautaire. Parlez-moi d’un politicien qui «met ses culottes». Que l’argument soit valide ou non, que le règlement soit jugé inconstitutionnel ou non, que l’imam ait éventuellement gain de cause devant un tribunal approprié, ça n’aura pas vraiment d’importance rendu-là. Dans l’esprit de plusieurs citoyens, nous aurons un maire qui a mis ses culottes en temps opportun.

Mais est-il vraiment courageux de contourner un problème plus large, qui refera forcément surface tôt ou tard? N’est-il pas lâche de refuser d’affronter la réalité que semble indiquer la présence d’un prédicateur intégriste, à savoir que des gens veulent… l’écouter?

Par ailleurs, je ne sais plus si c’est Machiavel ou Sun Tzu qui disait qu’on devrait garder nos amis près de nous, et nos ennemis encore plus près, c’était sûrement ni l’un ni l’autre, mais d’après moi, ce conseil devrait valoir pour notre cher ennemi Hamza Chaoui. Veut-on vraiment que, faute d’avoir pignon sur rue dans Ho-Ma, au vu et au su de tous, l’imam pas l’fun se ramasse dans un sous-sol louche, à prêcher à des jeunes influençables et isolés, loin du regard indiscret des services de renseignements?

* En fait, non, on m’indique que ça, je n’ai pas le droit de faire ça. Égalité hommes/femmes mon œil.

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