Si vous n’êtes pas encore féministe, je vous souhaite sincèrement de ne jamais le devenir. Une fois qu’on a vu le sexisme, il est difficile de ne plus le voir, ce qui devient bien sûr très frustrant. D’où l’expression «féministe frustrée», lieu commun aussi invalidant qu’avéré, comme l’expliquent ici Aurélie Lanctôt et Anne-Sophie Ouellet.

Once you’ve seen it, you can’t unsee it, disais-je, et l’esprit s’enfarge ainsi quotidiennement dans ces occurrences de sexisme ordinaire, à la télévision, dans les publicités, à l’école, au travail, de la bouche d’une personne qu’on estime. Et c’est franchement pénible. Pour s’épargner – ou éviter de s’invalider – on choisit ses combats. On évite de tirer à boulets rouges sur chaque source de frustration. On use de diplomatie, on se modère, on ne dénonce que ce qui nous semble vraiment nécessaire. Et on passe tout de même pour radicale.

Le sexisme sévit 365 jours par année, et la journée qu’on a désignée pour célébrer les droits des femmes n’y fait pas exception. Cette journée, qui devrait être celle où les féministes peuvent vivre leur féminisme sans complexes, est de loin la plus pénible de toutes.

Une journée durant laquelle tant de personnes vivent leur féminisme au grand jour offre autant d’occasions aux antiféministes de s’exciter. Tout ça est très très très pénible. Chaque année, on pense révolutionner le monde de l’opinion en déclarant que la Journée de la femme n’est plus nécessaire. Tout le monde a droit à son opinion, #JeSuisCharlie et tout et tout, mais ce type de discours est rarement avisé (statistiquement, ça ne fonctionne tout simplement pas), et plus souvent qu’autrement, tenu par des personnes s’exprimant du haut de leurs privilèges. Cette journée nous rappelle donc chaque année combien certaines personnes sont convaincues que les revendications du féminisme ont été atteintes, qu’on va trop loin en exigeant des niaiseries comme l’équité salariale ou qu’on n’est simplement «jamais contentes».

Mais je ne sais pas si c’est ce déni des inégalités qui est le pire, ou le fait de constater que plusieurs conçoivent ce qu’ils appellent «La journée de la femme» comme une sorte de «fête des femmes», une occasion de dire aux femmes qu’on les aime et qu’elles sont importantes. Comme ce texte du blogue Ton Barbier qui voulait sûrement bien faire en nous rappelant qu’une fille c’est belle même quand c’est pas parfait, à grands coups de stéréotypes confirmant que la femme existe surtout pour plaire à l’homme. L’esprit de la Journée internationale du droit des femmes, c’est un peu tout le contraire de ça. J’ai donc été surprise de constater que des gens donnaient vraiment des fleurs aux femmes le 8 mars, ou célébraient cette journée en se gâtant. En effet, rien de mieux qu’une photo de toi au spa (#JournéeDeLaFemme) pour rendre hommage à ces femmes qui dans certains villages doivent marcher 30km par jour pour apporter de l’eau potable à leur famille.

Et ça, bien sûr, cette idée que l’égalité est atteinte chez nous, et que c’est ailleurs dans le monde que les femmes doivent être sauvées. Ou celle, encore, qui prétend que le problème des femmes réside dans la religion des autres, mais pas dans celle de la majorité.

Heureusement, cette année, j’ai pu célébrer autrement cette journée de réflexion sur le chemin qu’il nous reste à parcourir en dévorant la nouvelle comédie de Tina Fey sur Netflix, l’histoire invraisemblable de la résiliante survivante d’une séquestration de 15 ans, Unbreakable Kimmy Schmidt. Ça m’a fait rire très fort et m’a permis de ne pas me sentir comme une misérable féministe frustrée.

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