Plusieurs Québécois se réjouissent du passage à gauche de la province canadienne la plus à droite. Ce changement semble radical. Sur Twitter, le journaliste du Toronto Star Bruce Arthur expliquait à ses amis américains que c’était un peu comme si les Texans élisaient un parti marxiste-léniniste. Bref, la victoire du NPD en sol albertain frappe l’imaginaire parce qu’elle nous apparaît improbable.

Cette victoire est étonnante pour deux raisons principalement :

1) parce que nous avons tendance à caricaturer ce qu’on connaît mal et qu’il nous est difficile de nous imaginer une population albertaine nuancée, capable de désirer elle aussi des politiques sociales et une plus grande égalité des sexes, entre autres choses progressistes.

2) parce qu’on évacue rapidement le fait qu’en réalité, plus de la moitié des albertains qui se sont rendus aux urnes hier ont voté pour le parti progressiste-conservateur ou le parti Wildrose, respectivement à droite et très à droite. C’est donc grâce à la division du vote conservateur que le NPD a pu se faufiler au pouvoir. Reste qu’avec une majorité, le NPD a quatre ans pour apporter des changements durables.

Par ailleurs, comme le souligne la militante péquiste Geneviève Tardy, alias L’Obstineuse, le NPD albertain, ce n’est quand même pas Québec Solidaire. Les politiques sociales proposées par la chef Rachel Notley auront surtout pour effet d’emmener l’Alberta à rejoindre des provinces comme le Québec en matière de justice sociale.

Maintenant, quel impact aura cette «révolution orange» sur nous, Québécois? À voir la panique qui s’empare de certains militants souverainistes, on peut comprendre que cette élection historique aura plus d’impact sur notre question nationale que sur la trajectoire des oléoducs.

Les arguments en faveur de la souveraineté du Québec s’amenuisent, à mesure qu’il devient de plus en plus indéfendable de les appuyer sur des fondements identitaires comme la langue ou la religion. Pour plusieurs souverainistes, notamment pour des souverainistes de ma génération, le sentiment nationaliste s’appuie principalement sur des valeurs. Pas des valeurs comme dans «charte des valeurs», mais des valeurs du genre la social-démocratie, la culture, l’ouverture à la diversité sexuelle, etc. Bref, bien que certains souverainistes soient prêts à élire un homme d’affaires dont l’historique est plutôt à droite arriver à leurs fins (l’avoir leur pays) ce sont les valeurs de gauche qui justifient pour plusieurs le projet national. C’est dans cette perspective que l’élection de Stephen Harper a toujours été une bonne nouvelle pour le projet de souveraineté. J’irais même jusqu’à dire que la vague orange de 2011, bien qu’elle ait balayé le Bloc, avait quelque chose de souverainiste : le statut de société distincte du Québec ne pouvait être plus clair.

Un souverainiste pur et dur m’a déjà demandé, pour tenter de comprendre ma relative indifférence quant à la question nationale, ce que je pouvais bien avoir en commun avec un Albertain. Comme si la question nationale se justifiait principalement dans la figure d’altérité suprême que constitue l’Albertain. À ce compte, plus les Canadiens nous ressemblent, moins le projet souverainiste ne paraît pertinent. C’est peut-être pourquoi la victoire du NPD en Alberta n’est pas une si bonne nouvelle pour grand nombre de souverainistes.

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