Ma rue est belle. Elle compte des condos de luxe, des condos laids, de vieux condos, des condos neufs et laids. Des usines converties en lofts. Des usines converties en condos. Elle compte aussi un hetit HLM, un gros HLM, une COOP, une résidence pour personnes âgées, un vieil immeuble à logements où un vieux portugais paie encore 450$ par mois pour un 4 et demi, de vieux apparts pourris qui abritent des étudiants, un temple bouddhiste couette et café, un magasin qui vend des trucs que tu trouves nulle part ailleurs et que tu te demandes comment il fait pour survivre. Des familles, des personnes âgées, des riches des pauvres, de toutes les couleurs. C’est pour tout ça qu’elle est belle.

Ça fait en sorte que je n’ai pas l’impression d’habiter dans un quartier de parvenus, et ça me donne le goût de parler à mes voisins. C’est sûrement de ça que Luc Ferrandez parlait quand il évoquait l’importance de maintenir une saine «communauté dynamique et diversifiée», pour justifier l’adoption d’une politique obligeant les promoteurs immobiliers d’inclure 20% d’unités de logements abordables dans leurs projets de plus de cinq unités, sur le Plateau-Mont-Royal. C’est le moyen qu’a trouvé le maire d’arrondissement pour éviter l’embourgeoisement – déjà bien entamé – du quartier. Le but du règlement est aussi de limiter la spéculation immobilière et, quoiqu’il puisse être raisonnable de douter de l’efficacité d’une mesure créant un phénomène de rareté pour faire baisser les prix, admettons que l’objectif est louable.

Or, cette nouvelle règlementation se butte déjà, on s’en doute, à la résistance d’un promoteur immobilier se sentant pris en otage par cette entrave injuste aux lois du marché. Or, si ce n’est pas le Plateau qui s’occupe de mettre des bâtons dans les roues des faramineux profits des entrepreneurs, ça risque d’être, de toute façon, le marché.

Tout porte en effet à croire que les promoteurs ont construit trop de condos pour la demande – et compte tenu d’autres facteurs comme les termes des prêts hypothécaires –, et qu’ils sont maintenant pris pour les vendre à rabais, ou les louer. À Montréal, on compterait un acheteur pour 20 condos à vendre. Des condos tous pareils, fabriqués à la va-vite, entourés d’autres condos tous pareils, qui n’ont aucune espèce de munition pour affronter le marché de la drague immobilière.

Dans le portrait, le promoteur du boulevard Saint-Joseph est peut-être celui qui fait le moins pitié. Son projet est situé en face d’un des plus beaux parcs de l’arrondissement, le parc Lahaie, récemment tout retapé, dans l’un des secteurs les plus prisés du Plateau, le Mile-End, sur l’une des plus belles artères, le boulevard Saint-Joseph. Sérieusement, monsieur, allez vous plaindre ailleurs, ou bien essayez-vous dans Griffintown, pour voir. Paraît que là, y a aucun règlement plate qui impose aux promoteurs d’inclure les moins nantis.

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