Ça faisait longtemps qu’on avait compris que Ton petit look n’était pas juste un p’tit blogue de mode. Depuis son apparition dans la blogosphère il y a cinq ans, le cyberguide de la jeune femme épanouie a abordé tour à tour des questions aussi épineuses que la masturbation féminine, la boulimie, le viol, le fat-shaming, la dépression, l’automutilation, l’appropriation culturelle, et plein d’autre sujets aussi rédhibitoires pour les annonceurs des médias traditionnels.

Dans un monde où une actrice doit faire inclure une «clause anti-photoshop» dans son contrat avec L’Oréal pour que l’industrie de la mode soit secouée et où le perçage à la cloison nasale d’une animatrice suscite la controverse, le discours déculpabilisant, décomplexant, autonomisant, juste assez féministe et positif sans être niaiseux de Ton petit look est nécessaire.

Mais le plus extraordinaire, dans tout ça, c’est que le culte voué à ces valeurs est tout à fait incarné par les sœurs Carolane et Josiane Stratis, qui n’hésitent pas à se photographier dans des situations embarrassantes, à aborder des pans moins l’fun de leur vécu, à instagramer leur poutine (parce que des filles ça mange pas juste de la salade). C’est avec cette authenticité que le clan Stratis parvient avec succès (300 000 visiteurs uniques par mois) à toucher un segment de la population que les annonceurs s’arrachent et que les magazines féminins traditionnels tentent par tous les moyens de leur vendre.

«C’est la pub qui paie les magazines traditionnels, et les malaises, ça fait peur aux annonceurs, explique Carolane. Aussi, il y a encore beaucoup de groupes de magazines qui sont dirigés par des hommes qui sont convaincus que les femmes ne veulent pas entendre parler de masturbation», ajoute-t-elle. Les filles de TPL savent que ce n’est pas le cas, et rient dans leur barbe en pensant à l’article «Histoire de ploune: mon histoire d’amour avec la masturbation» qui, quelques heures après sa parution, avait récolté 8000 vues, 0 likes! Encore tabou, l’onanisme? À peine. Surtout quand on s’adresse à la génération qui n’a pas eu de cours d’éducation sexuelle. Les sœurs Stratis, c’est les grandes sœurs que t’as toujours rêvé d’avoir. «On s’est fait demandé comment faire pipi avec une diva cup, n’en revient toujours pas Carolane. La fille ne savait pas qu’il y avait deux trous. Ça montre qu’il y a des lacunes».

L’agence Newad a certainement flairé la bonne affaire et a donné des ailes à ce petit blogue confectionné à partir d’un demi-sous-sol lorsqu’elle en a fait l’acquisition en achetant la bannière 33mag.com en 2011. De cette transaction qui comptait aussi TonPetitLait.com et 10Kilos.us, entre autres, le portail des sœurs Stratis est peut-être le plus performant à ce jour, et compte désormais TPL Moms, le blogue maman de la franchise. «Newad nous a donné de la structure, explique Josiane. On est passées de 30000 à 300000 visiteurs par mois. On est les plus lues parmi les blogues de mode». Les deux sœurs n’étaient tout de même pas parties de rien. «On savait ce qu’on voulait. On ne voulait pas parler «en blogueuses», en «on aime»», se rappelle Josiane. «On avait une structure, on voulait écrire au moins un article par jour, puis deux, mais tout était contre nous: on travaillait de nuit, les profs à l’université se demandaient pourquoi on n’appliquait pas à un vrai magazine, les gens pensaient qu’on faisait ça pour avoir des affaires gratuites», ajoute Carolane. Aujourd’hui, ce sont les «vrais magazines» qui tentent de copier la recette TPL.

S’il fallait une preuve de plus de la pertinence des sœurs Stratis et de leurs collaboratrices dans le paysage médiatique québécois, elle vient de se matérialiser dans Ton petit look le livre, un «guide pour une vie adulte (genre) épanouie», un recueil d’articles sur tout ce que vous avez toujours voulu savoir au sujet de tout ce qui vous préoccupe quand vous avez vingt ans (et plus si affinités). Une œuvre originale (tous les textes sont inédits), magnifiquement illustrée, qui pèche légitimement par abus de mots-clics, d’expressions à la mode et du mot «genre», mais qui fait surtout œuvre utile en traitant d’acceptation corporelle, d’autonomie, d’argent, de pénis, de seins, de vulves et de vagins, et de comment survivre aux réseaux sociaux.

Ce recueil sort au moment où Jasmin Roy met le doigt, avec son documentaire/essai #Bitch, sur un enjeu que les plus vieilles connaissaient déjà trop bien: la violence entre jeunes filles. «Le voile n’est pas le principal ennemi de nos filles, expliquait récemment le comédien au Journal de Montréal. Ce que je vois dans les écoles, c’est qu’elles se rabaissent entre elles et qu’elles acceptent de se faire traiter de salope par leur chum». La vie d’une ado n’est pas simple. Heureusement, à l’issue de cet enfer socio-hormonal, les filles trouveront du réconfort auprès de Ton Petit Look, et, on leur souhaite, la force de passer à la prochaine étape, la vie adulte.

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