Petite bombe dans l’univers littéraire : une auteure se plaint de la difficulté de connaître le succès quand on n’est pas vedette. Si, pour démontrer l’injustice, elle avait dénoncé le succès du Livre de la lumière, propulsé par la célébrité de Ginette Reno, ou encore, la publication d’un tome 2 de La Mijoteuse de Ricardo, on aurait compris. C’est plutôt à la notoriété de Fanny Britt, la fille de théâtre, que s’en prend Annie Cloutier dans une tirade qui se veut honnête et sans filtre, mais qui est plutôt maladroite.

«Ce roman ne possède rien – mais vraiment rien – que mes propres romans n’ont pas. Je sais que je n’ai pas le droit d’écrire ceci, mais je l’écris quand même», s’aventure l’auteure, en parlant des Maisons de Fanny Britt. Si certaines choses ne se disent pas, ce n’est pas toujours seulement parce qu’elles ne sont pas belles. Dans ce cas, c’est parce qu’une auteure est probablement la personne la moins bien placée pour juger de la qualité de son travail à l’aune de celui de ses collègues.

L’auteure accuse ensuite toutes sortes de facteurs d’être responsables de l’anonymat relatif de ses trois romans et de son essai. Une maison d’édition pas assez ambitieuse, un manque d’intérêt pour les 5 à 7, un style littéraire qui refuse les anglicismes, et un présumé boycott de la part de l’émission Plus on est de fous plus on lit.

«En septembre 2012, j’ai signé une pétition mise en ligne par une amie écrivaine. Cette pétition demandait qu’il y ait plus de contenu québécois à l’émission Plus on est de fous, plus on lit, à la radio de Radio-Canada. À cause de ma signature sur cette pétition, l’animatrice de l’émission, Marie-Louise Arsenault, a refusé de m’accueillir lors de la publication d’Une belle famille, mon troisième roman», présume l’auteure. Du peu que je connais de Marie-Louise Arsenault, je suis pas mal certaine qu’il s’agit d’une personne à la fois capable de prendre la critique, et sensible à la promotion des artistes québécois.

Par ailleurs, toutes sortes de facteurs interviennent dans l’agencement des invités d’une émission. Par exemple, il est rare que l’émission littéraire et l’émission du matin, Médium Large, se fassent concurrence en matière d’invités. Il se peut que Plus on est de fous n’ait pas reçu Annie Cloutier lors de la promotion de Aimer, materner, jubiler, simplement parce qu’il a fait l’objet d’un segment à l’émission du matin. Rappelons que cet essai sur la maternité a fait l’objet d’une très ample couverture dans La Presse, Le Devoir, Métro, le 98,5, MATV et de nombreux blogues. Il s’agit d’une couverture au moins équivalente à celle que reçoit présentement Fanny Britt, mais surtout, de loin supérieure à l’attention que reçoivent bon nombre de livres au Québec.

Le star système étant ce qu’il est, certaines vedettes ont plus de chance de se retrouver au sommet des palmarès. Le succès du Secret du coffre bleu de Lise Dion peut être frustrant pour un jeune auteur anonyme, débordant de talent et en quête de reconnaissance. Et la réussite du livre de Jacynthe René relève peut-être moins de ses compétences en matière de santé que de son passage remarqué dans Diva. Fanny Britt appartient-elle vraiment à cette élite? Son nom fait-il vendre? Et encore. Si c’était vraiment de son nom dont s’était entichée la clique intellectuelle, cela serait surtout attribuable à son talent. Fanny Britt n’est pas exactement le genre de personnalité littéraire qui aurait, par l’immensité de son égo, défoncé des portes ou tassé du monde.

Il existe, en effet, plusieurs barrières au succès littéraire, outre les barrières que l’on s’impose soi-même. Le fait de ne pas avoir pu poursuivre des études en est une. Appartenir à une minorité en est une autre. Être en situation de handicap, vivre dans la pauvreté, s’appeler Mohamed sont autant de barrières systémiques non seulement à connaître un succès littéraire, mais encore à accéder même aux maisons d’éditions. L’auteure n’a probablement pas pris conscience de tous les privilèges dont elle jouis déjà avant d’identifier chez d’autres des avantages pratiquement fantasmés. Le plus grave problème de ce texte victimisant, c’est peut-être son manque d’introspection, un exercice nécessaire quand on s’emploie à blâmer l’univers d’être responsable de ses malheurs.

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