Plusieurs personnes s’inquiètent de l’arrivée de 25 000 réfugiés syriens au Canada d’ici janvier, dont 6000 au Québec. Plusieurs éléments sont à la source de ces craintes. La hantise que des terroristes se faufilent parmi ce flot de personnes qui fuient elles-mêmes le terrorisme. L’angoisse, en cette période d’austérité, que ces réfugiés grugent des ressources financières dont le Québec aurait besoin. N’est-ce pas le propre de l’idéologie néolibérale que d’amener la classe moyenne à croire que les plus démunis, et non les classes dominantes, sont responsables de ses malheurs? La peur qu’on précipite les choses et que, dans l’urgence, on escamote un processus complexe. Comme si, devant une maison en feu, on attendait confirmation que les locataires sont de bonnes personnes avant de les sauver. En Syrie, la maison brûle.

Parmi les craintes, il y a aussi celle que ces nouveaux arrivants ne puissent s’adapter à la culture québécoise, une majorité d’entre eux étant musulmans. Le hasard fait pourtant que ces réfugiés arriveront ici en pleine période des Fêtes, moment où la température québécoise est la plus hostile, et où le cœur des Québécois est le plus chaleureux. En ce temps de l’année, puisqu’on parle de religion et de culture, les Québécois, par charité chrétienne ou simplement par grandeur d’âme, préparent, le cœur sur la main, des paniers de Noël et donnent avec enthousiasme à la Grande Guignolée des médias. S’ils avaient une famille syrienne dans le besoin devant eux, la majorité des Québécois iraient chercher des couvertures, de vieux manteaux, des tuques, des mitaines et de la nourriture pour accueillir comme il se doit ces réfugiés.

Parce qu’il se déroule loin, le drame syrien s’inscrit peut-être moins concrètement dans le cœur de ceux qui signent des pétitions et installent des banderoles pour s’opposer à la venue des réfugiés. Métro a mis à la disposition de ses lecteurs un outil qui permet de rapporter à son échelle le drame syrien: «Et si la Syrie, c’était chez vous?» Grâce à cet outil, on peut voir que si le drame syrien se déroulait à Joliette, 540 personnes seraient mortes des suites des bombardements et des attaques armées; 2726 auraient été blessées à cause des combats; 33 274 civils auraient besoin d’aide humanitaire, et de ce nombre, 6222 seraient des enfants. Au Saguenay, 28 366 Tremblay, Bouchard, Côté et Gagnon se verraient dans l’obligation de demander l’asile. À Matane, 185 Gaspésiens seraient tombés sous les bombes. À Montréal, 987 760 personnes ordinaires auraient besoin d’aide humanitaire. Le genre de données nécessaires pour nous rappeler que nous appartenons à une commune humanité.

Pour en revenir à la charité chrétienne, on aura beau se dire athée jusqu’à la moelle des os, Noël s’en vient, et avec cette fête, les bons sentiments, l’accueil et le partage. Certains conservateurs identitaires nous rappellent sans cesse, pour minimiser les droits des minorités religieuses, que le Québec ne peut renier son héritage chrétien. Rappelons-leur à notre tour que l’histoire de la nativité, qu’ils célèbreront le 25 décembre, est celle d’un couple méditerranéen cherchant refuge.

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