Les radios crachent Noël à pleins poumons, les magasins sont bondés d’acheteurs compulsifs emportés par la frénésie des Fêtes, et pour paraphraser Woody Allen, non seulement Dieu n’existe pas, mais essayez donc de trouver une SAQ ouverte le 25 décembre. Aucun signe de la mort annoncée d’une fête chrétienne à l’horizon. Et pourtant, on parle avec nostalgie de Noël comme s’il s’agissait d’un phénomène en voie de disparition, qu’on devait pratiquement célébrer en cachette sous peine de se faire ramasser par l’escouade de la rectitude politique, la commission des droits de la personne ou pire, le lobby des religions pas catholiques.

Dans un léger billet de fin d’année, le chroniqueur Richard Martineau révèle sa nostalgie des Noëls d’antan. Ceux où les mononcles pouvaient être saouls sans se faire traiter d’alcooliques, où tu pouvais danser un slow collé avec ta matante chaude, et où si tu mangeais pas de porc, ben tu mangeais pas de tourtière. C’est vrai qu’il est terrible, ce monde dans lequel on prépare gentiment une tourtière végé en plus de celles au porc pour que tous puissent apprécier cette merveilleuse tradition de Noël.

Le Québécois d’ascendance chrétienne est si opprimé qu’il doit s’inventer des sources d’oppression imaginaires. Ainsi, selon Richard Martineau, il ne serait plus possible de «servir des pets-de-sœur sans qu’un catholique porte plainte pour blasphème, discrimination ou appropriation culturelle» ou de mettre ses bottes «dans le bain, sans que personne nous fasse un discours interminable sur les dangers de l’E. coli». Je n’ai jamais entendu parler de ce péril, mais peut-être que M. Martineau vit dans une famille plus rigide que la mienne.

Ce que cette critique sociale d’une ère soi-disant plus moraliste qu’avant omet, c’est de souligner qu’on est toujours le moraliste de quelqu’un d’autre. Alors qu’il reproche à ceux qui suivent d’être des «curés de 14 ans» attribuant tous les torts de la planète à leurs parents, Martineau oublie que les membres de sa génération ont eux aussi critiqué leurs parents. Généralement pour le mieux. Ainsi, les scrupules liés à la religion catholique sont tombés. Les mononcles saouls se gardent maintenant de tripoter les cousines sous les regards réprobateurs de la fratrie. L’oncle gai peut emmener son conjoint à Noël depuis que le cousin de la génération X a parlé dans le casque de grand-papa. Et quelque part autour d’un sapin, dans une maison de Blainville, un Abdel découvrira les joies de Noël dans la famille de sa blonde Cynthia. On lui souhaite tout le courage du monde en cas de jokes de terrorisme ou de «ch’pas raciste, mais».

Pour ce qui est du Noël de Richard Martineau, on lui souhaite de trouver en lui la force nécessaire pour défier du regard cette nutritionniste qui le fait sentir si coupable de manger des saucisses cocktail. Ça ne sera pas un Noël facile, mais ça ne peut pas être plus pénible que celui de l’ado à la sexualité encore incertaine à qui on demande pour un septième party de famille consécutif s’il s’est enfin fait une petite blonde.

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