Martin Meissner/The Associated Press

Les lendemains d’attentats donnent lieu à toutes sortes d’explications. La présente chronique n’aura pas pour but de vous convaincre que l’une est meilleure ou pire que l’autre. Seulement, quand nous tentons d’expliquer les drames humains, nous avons tendance à retenir certains faits plutôt que d’autres. Des faits qui, curieusement, tendent à conforter notre conception du monde.

Par exemple, certaines personnes croient que le laxisme du gouvernement belge envers la religion musulmane, ou la trop grande tolérance des Belges, serait à l’origine des attentats perpétrés mardi. Ils font quoi, ces gens-là, pour expliquer les attentats commis dans des pays qui sont moins tolérants?

On nous explique que les terroristes islamiques sont habités par une haine de l’Occident. Selon cette théorie, comment expliquer que le plus grand nombre de décès par terrorisme survient dans les pays d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient? Les trois quarts des décès par attaque terroriste l’an dernier ont été enregistrés en Irak, au Nigeria, en Syrie, au Pakistan et en Afghanistan.

Pour signifier qu’elles ne sont pas racistes, certaines personnes vont avoir la magnanimité d’admettre que «le terrorisme n’a pas de couleur, mais qu’il n’a qu’une seule religion : l’islam». Comment ils font, ces gens-là, pour expliquer tous les attentats commis par des fondamentalistes chrétiens dans les centres de planification des naissances, ou les tueries commises dans des écoles au nom de rien du tout par des hommes frustrés?

Lors de son passage à TVA Nouvelles, Marine Le Pen affirmait que le terrorisme, c’est l’arme qui est dans la main de l’assassin. «On ne lutte pas contre l’arme, on lutte contre celui qui tient l’arme. Et celui qui tient l’arme, c’est l’idéologie du fondamentalisme islamiste». Pas mal, comme réflexion, mais si on pousse la logique, qui tient l’arme du fondamentalisme radical? On nous présente le fondamentalisme radical comme s’il s’agissait d’une sorte de tare incurable, d’un trait biologique. Comme si on naissait islamiste radical. Si c’est le cas, comment éradiquer le fondamentalisme? En éliminant tous les barbus? Ne serait-il pas préférable de se demander pourquoi on se radicalise? En réaction à quoi?

De même, on reproche à certains musulmans de ne pas s’intégrer. On les accuse de se réfugier dans le communautarisme. N’en ferait-on pas autant en arrivant dans un pays qui refuse de reconnaître nos diplômes, qui nous empêche de travailler, qui nous discrimine à la consonance de notre nom, qui nous stigmatise en fonction de notre appartenance religieuse ou notre faciès. Comment ces gens-là, qui trouvent une explication aux bombes dans le «refus de s’intégrer», n’en viennent-ils pas à se demander ce qui pourrait être fait pour favoriser l’intégration?

On nous expliquera encore – avec beaucoup de haine envers les immigrants et les réfugiés – que ce qui fomente le terrorisme, c’est la haine. Vous ne trouverez pas ici d’explication aux attaques terroristes de Bruxelles. Vous n’en trouverez pas plus dans une xénophobie qui, elle aussi, semble de plus en plus radicale.

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