Au lendemain de leurs célébrations de la fierté LGBTQ, les Américains découvrent le mouvement #HeterosexualPrideDay, un appel réactionnaire à célébrer aussi la fierté des hétérosexuels. Sur Twitter, le mot-clic a rapidement été tourné en dérision. Voici les meilleures répliques : «Incroyable que le mariage hétéro ait été légalisé seulement en 1655!» ; «Les hétéros : premiers créateurs de personnes LGBTQ!»; «Je n’ai rien contre les hétéros, tant qu’ils ne m’imposent pas leur hétérosexualité!»

On pourrait en rire si ça ne survenait pas quelques jours après qu’un homme apparemment incapable d’accepter son homosexualité – dans une société où la fierté hétérosexuelle est célébrée tous les jours – s’en est pris à la communauté LGBTQ d’Orlando dans ce qui est considéré comme la plus grande tuerie dans l’histoire des États-Unis.

On pourrait en rire, de notre côté de la frontière, si ça ne reflétait pas un certain discours présent chez nous, même parmi ceux qui prétendent être nos alliés. «J’avoue ne pas trop comprendre l’expression “fierté homosexuelle”…», écrivait en 2014 un chroniqueur du Journal de Montréal. «Les gais n’ont pas à être fiers ou honteux de leur orientation… On est comme on est… Suis-je fier d’être hétéro, ou blanc, ou de sexe masculin? Non… C’est comme ça, c’est tout…», concluait-il dans un billet de trois lignes dont vous venez de lire l’intégralité.

On pourrait aussi en rire si cette fâcheuse tendance à vouloir trouver des équivalents à nos oppressions en décelant un «racisme inversé», un «sexisme inversé», ou en revendiquant une «fierté hétéro» n’était pas si présente dans le discours populaire. Si on s’évertue à dire qu’il n’existe pas de racisme antiblanc, de sexisme antihomme ou d’hétérophobie, ce n’est pas par déni ou parce qu’on tient à maintenir un monopole sur la souffrance. En effet, pour que de telles choses existent, encore faudrait-il que les hommes, les Blancs et les hétéros soient persécutés, opprimés, discriminés, dans un système qui peine à leur conférer des possibilités égales à celles du groupe dominant.

En effet, les hétérosexuels n’ont pas à être fiers ou honteux d’être hétéros ou cisgenres. Ils font partie du groupe dominant. Leur orientation sexuelle est constamment valorisée. Elle ne fait l’objet de persécutions dans aucun pays. Jamais un hétérosexuel ne s’est fait battre dans la cour d’école parce qu’il était hétérosexuel ou cisgenre. Jamais un hétérosexuel n’a eu à craindre de perdre son emploi, d’être rejeté par sa famille ou de se faire retirer la garde de ses enfants parce qu’il était hétérosexuel ou cisgenre. Aujourd’hui, nous sommes fiers d’être gais, lesbiennes, bisexuel(le)s, trans ou queer dans un monde où tout ce qui s’éloigne de l’hétérosexualité est encore associé à la honte.

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