THE CANADIAN PRESS Jean-François Lisée, candidat à la chefferie du Parti Québécois.

Qui eût cru que la fin du Ramadan serait accompagnée d’autant de tensions? Je ne parle pas de l’atrocité survenue à Bagdad, où un attentat revendiqué par l’État Islamique a fait un nombre record de morts tout en laissant l’Occident dans l’indifférence la plus totale, prouvant une fois de plus que les premières victimes de l’État islamique sont des musulmans, et que ce groupe terroriste n’a rien à voir avec la religion. Non, je parle des tensions suscitées chez nous par les souhaits formulés par certains de nos politiciens à l’attention de la communauté musulmane qui sortait jeudi d’un mois de jeûne et de réflexion.

Si certains voient dans ces salutations polies un renversement du devoir d’intégration, il y a certainement moyen de voir cela plutôt comme un message – voire, à la limite, comme une stratégie clientéliste – que comme un devoir. Personne ne force qui que ce soit à souhaiter aïd moubarak et, de connaissance, personne ne s’est fait reprocher de ne pas le faire.

Plutôt qu’un devoir ou même qu’une stratégie, on peut aussi voir ce message comme une façon de dire aux Québécois et Canadiens qui ne font pas partie de la majorité confessionnelle dominante qu’ils font quand même partie de la gang, malgré le fait qu’ils soient sous-représentés dans les médias, dans la culture – sauf à l’occasion pour incarner des méchants – dans les postes décisionnels, et qu’ils fassent malencontreusement l’objet d’une stigmatisation que les athées ou les chrétiens ne connaissent tout simplement pas.

C’est au nom de la laïcité et de la neutralité religieuse de l’État que Jean-François Lisée, lui, a décidé de questionner le geste de son rival Alexandre Cloutier de souhaiter ses «meilleurs vœux aux Québécois et Québécoises de confession musulmane», comme l’avait fait avant lui Pauline Marois en sa qualité de Première ministre.

Pourtant, on aura fait remarquer à Jean-François Lisée qu’il avait lui-même déjà souhaité «Joyeuses Pâques» à ses concitoyens. Dans un texte qui a toutes les allures d’un petit précis de la laïcité, Jean-François Lisée a expliqué que cette fête, comme Noël, faisait partie du «calendrier civil [qui] a pris comme jours fériés des dates qui sont issues de notre patrimoine chrétien» et que «leur célébration a donc perdu son caractère religieux». On pourrait aussi interpréter le fait que notre calendrier civil ait retenu ces dates comme une confirmation du biais chrétien de la soi-disant laïcité de l’État, et comme une preuve que si ces dates ne revêtent plus de connotation religieuse – ce dont on peut sérieusement douter – elles continuent néanmoins de démontrer le caractère dominant de la confession chrétienne.

Et si on renversait les rôles: se peut-il qu’une proportion de musulmans non pratiquants, n’ayant pas nécessairement célébré le ramadan, ait tout de même apprécié l’attention de ces politiciens leur souhaitant aïd moubarak, témoignant d’un certain désir de les intégrer, de reconnaître leur présence et leur qualité de citoyens?

Dans son petit précis, Lisée se demande aussi: «Quand célèbre-t-on, et valide-t-on, les convictions des 40% de Canadiens qui affirmaient l’an dernier ne pas se définir comme «une personne religieuse» et les 12% supplémentaires se décrivant comme des «athées convaincus»?»» Tentative de réponse: à tous les jours où nous ne sommes pas en train de stigmatiser les athées pour leur non-croyance? Dans une société où 52% – une solide majorité – se définit comme non-croyants, l’athéisme a-t-il vraiment besoin de… validation? Et quoi encore? Les hétérosexuels voudraient célébrer la fierté hétéro, les Blancs un mois de l’histoire des Blancs et les hommes une journée internationale de l’homme?

Finalement, Jean-François Lisée, qui présente la laïcité comme un moyen de garantir – entre autres choses – l’égalité entre les hommes et les femmes, devrait commencer par donner l’exemple. Dans son petit précis de ce qu’il faut faire pour être un bon chef de parti ou de gouvernement, il dit qu’on «ne devrait pas cautionner, par sa présence, des pratiques religieuses consacrant, par exemple, l’inégalité entre les hommes et les femmes».

Est-ce que ça compte aussi pour les pratiques non-religieuses? Parce qu’il y a divers degrés d’interprétation de cette fameuse égalité entre les hommes et les femmes. L’égalité n’exige-t-elle pas une représentation égale ou du moins qui s’en rapproche? Dans une vidéo diffusée sur sa page Facebook, Jean-François Lisée donne exclusivement la parole à sept hommes blancs l’appuyant pour son expérience. Cette fameuse expérience n’aurait-elle pas dû lui indiquer que, sur le plan de l’image, cela donnait l’impression que l’opinion des femmes et des personnes racisées ne comptait pas pour lui? Que cela envoyait un message pas tout à fait égalitaire?

Dans la liste des choses qu’il fait de bien, Jean-François Lisée se vante aussi d’avoir indiqué qu’une fois premier ministre, il instaurerait «une pratique robuste de recrutement de membres de la diversité pour que la fonction publique québécoise reflète enfin correctement la diversité sociale du Québec». Difficile de le croire puisqu’avec toute sa robustesse, il n’a même pas été capable de recruter un seul membre de cette diversité pour une petite vidéo de moins de deux minutes.

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