Depuis que le réalisateur Paul Feig a annoncé en janvier 2015 que la prochaine équipe chargée de chasser les fantômes dans Ghostbusters serait exclusivement féminine, des hordes de fans furieux s’énervent sur l’Internet. La bande-annonce de cette troisième mouture du film culte des années 80 a été la plus boudée de toute l’histoire de YouTube, avec près d’un million de pouces vers le bas. Et avant même que le film ne soit diffusé, des milliers de commentateurs callaient l’évaluation vers le bas sur les forums de critique en ligne comme IMDB. Serait-ce la misogynie à l’œuvre? Comment savoir!?!

Une rapide analyse de ces votes populaires sur IMDB nous montre qu’une majorité d’hommes (15745 au moment d’écrire ces lignes) s’est exprimé sur l’œuvre, contre le quart de femmes, et ceux-ci ont donné au film une moyenne de 4,3/10, contre 8/10 pour les femmes. Sur Internet, on peut recenser plusieurs tentatives d’explication de cet écart, chacune d’entre elles pouvant être facilement démontée :

  • «Peut-être que c’est vraiment un navet». Pourtant, on n’observe pas un tel écart entre les sexes pour d’autres navets tels que Hot Dog (les deux genres ont accordé une moyenne de 5/10) La cloche et l’idiot 2 (hommes et femmes n’aiment unanimement pas ça) ou la comédie romantique de Ben Affleck et J-Lo, qui a atteint un étrange sommet de 6,6 chez les filles de moins de 18 ans tout en conservant sa moyenne de 2,5 tout sexe confondu). Mais surtout, ces évaluations sont survenues avant même la sortie du film. Les hommes seraient-ils prescients?
  • «C’est normal que les gars l’aient moins bien évalué parce que la nouvelle version est un film de filles». Si, quand on change les personnages masculins par des personnages féminins, ça devient un film de filles, est-ce que ça veut dire qu’un film avec une majorité de personnages masculins est un film de gars? Parce que si oui, le cinéma est un art masculin, étant donné qu’Hollywood compte 2,5 rôles masculins pour un rôle féminin. Pourtant, les femmes achètent 50% des billets de cinéma. Mais de toutes façons, lorsqu’on observe les films s’adressant principalement aux gars (disons d’un point de vue marketing), leurs évaluations demeurent tout de même équilibrées entre les genres.
  • «Ça n’a rien à voir avec le sexisme, les gens sont juste tannés de voir des reprises qui gâchent l’original». Le recyclage de vieilles histoires misant sur la nostalgie est un véritable problème à Hollywood, de même qu’au Québec d’ailleurs. Pourtant, les Ninja Turtles 2 ont raflé une moyenne équilibrée entre les genres de 6,3, et la quatrième mouture de Transformers a reçu une évaluation pas si bonne, 5,7, mais tout aussi équilibrée, et quatre suites sont déjà financées.
  • «Ce remake féminin, c’est juste une gimmick pour faire du box office». Avec de telles critiques, c’est bien partie en tout cas!

L’hypothèse la plus probable à ce jour est que des hommes en colère sabotent de manière passive-agressive l’évaluation de cette version féminine de Ghostbusters, un phénomène relativement banal, que le journaliste Mike Hickey a analysé en long et en large dans les évaluations télé pour le site de journalisme de données fivethirtyeight. Ses observations démontrent que lorsqu’une œuvre culturelle s’adresse en majorité aux femmes, les hommes tendent à en couler l’évaluation, ce qui n’est pas le cas des évaluations féminines d’œuvres s’adressant à un public masculin. Le terme «féministes frustrées» est éculé. À la lumière de cette analyse, il serait temps de parler de masculinistes frustrés qui tentent par tous les moyens de saboter la présence féminine à l’écran et de maintenir un ordre des choses qui les valorise.

Un autre commentaire lu à plusieurs reprises est que les hommes sont particulièrement fâchés qu’on ait saboté «leur œuvre». Pourtant, la première version de Ghostbusters parue en 1984 est évaluée équitablement entre hommes et femmes, de même que la seconde. J’avais six ans quand cette deuxième version est sortie en 1989, et cette photo démontre que j’étais une féroce fan des chasseurs de fantômes :

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Cette histoire de savants aventuriers qui s’attaquent à des créatures surnaturelles et qui culmine par un gigantesque bonhomme Pillsbury dominant New York éveille ma nostalgie au même titre que ces messieurs et je ne vois pas en quoi il s’agirait de «leur œuvre». Les gars ont peut-être l’impression de se faire enlever quelque chose. Quelque chose que les filles n’ont jamais eu! Je suis donc allée voir Ghostbusters par nostalgie, comme tout le monde, mais surtout parce que j’y retrouverais Melissa McCarthy, Kristen Wiig, Kate McKinnon et Leslie Jones.

Mon verdict: une excellente comédie d’été qui ne révolutionne pas plus le genre que bien d’autres. Pour le reste, on peut respirer par le nez, c’est tout de même rien qu’une comédie. Mais surtout, rappelons-nous que l’histoire parle de fantômes et se termine par un gros monstre soufflé : c’est un film pour enfants. Et parlant d’enfants: après avoir vu cette photo, venez nous dire que c’est une mauvaise chose, un Ghostbusters féminin.

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