On avait déjà vu Jean Charest être créatif avec la vérité. Mais là, franchement, il s’est surpassé.

Ainsi, le premier ministre « soupçonne » François Legault de vouloir déclencher un référendum. Faut vraiment avoir un front de boeuf!

Rappel : la Coalition avenir Québec a été fondée par François Legault et Charles Sirois, le premier alors souverainiste, le second fédéraliste. Le contrat : une trêve constitutionnelle de dix ans qui permettrait d’aborder la chose publique sous un angle différent que celui sous lequel elle s’est présentée depuis quarante ans.

On peut être d’accord ou pas, mais ça a le mérite d’être assez clair : y’en aura pas de référendum. C’était la clé pour tenter de briser le monopole des libéraux sur la communauté d’affaires et, surtout, les non-francophones.

La façon dont monsieur Legault s’est récemment affirmé fédéraliste peut laisser perplexe, mais il aurait très bien pu se dire toujours souverainiste et promettre de laisser son option en veilleuse. Il a simplement décidé d’aller encore plus loin, vraisemblablement pour des raisons stratégiques.

L’affirmation de Jean Charest à l’effet que François Legault pourrait déclencher un référendum reste un peu grosse. Pourquoi l’a-t-il donc tentée? Parce que dans le passé, ça a été payant pour lui. Jean Charest est un homme de formules et de slogans. Ça sonne parfois creux, ce n’est pas toujours vrai, mais c’est généralement efficace.

En 2003, c’était « la souveraineté ou la santé », et « un vote pour l’ADQ, c’est un vote pour le PQ », répétées ad nauseam entre deux « je suis prêt, le parti libéral est prêt, nous sommes prêts ». Tout ça ne voulait pas dire grand-chose, mais ça n’a pas empêché monsieur Charest d’être élu.

En 2007, ça n’était pas la grande forme. Puis, le premier ministre a déclenché sa campagne de 2008 sous le thème des « deux mains sur le volant ». Les caricaturistes s’en amusent encore aujourd’hui, mais la formule a marqué l’imaginaire à l’époque.

Plus récemment, monsieur Charest, malmené dans les sondages, a multiplié les sophismes à propos de la rue, du chaos, de campagnes de salissage de la part de ses adversaires, et il a aussi recyclé un vieux classique : « un vote pour la CAQ, c’est un vote pour le PQ ».

Malheureusement, un organisateur libéral de longue date lui a rétorqué aujourd’hui qu’ « un vote pour le parti libéral, c’est un vote pour le PQ », et il a appelé les supporteurs libéraux à appuyer la CAQ. Ouch.

Hier, Jean Charest a encore une fois tenté de blâmer les péquistes pour les problèmes qu’il n’a pas réglés dans le domaine de la santé depuis neuf ans. Comme en 2008. Comme en 2007. Comme en 2003. Le cassette commence à être usée.

Comme ils disent en Mongolie inférieure, « Fool me once, shame on you; fool me twice, shame on me ». Il semble que les Québécois n’achèteront pas les slogans creux cette fois-ci, en tout cas pas ceux de monsieur Charest.

Paradoxalement, les allégations de Jean Charest sur ses « soupçons » souverainistes à l’égard de de François Legault pourraient être la goutte qui fait déborder le vase, et l’invitation de Jean-Paul Boily à appuyer la CAQ, la poussée qui le renverse.

Si c’est le cas et que le PLQ devient un parti de circonscriptions non-francophones, il ne s’en relèvera pas.

Le parti libéral pourrait devenir un tiers parti. Jean Charest est arrivé en 1998 comme sauveur du PLQ. Il pourrait repartir très bientôt comme naufrageur.

Pouvez-vous imaginer ça? La réponse le 4 septembre.

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