Je suis un insatiable dévoreur de biographies. Ce n’est pas vraiment par choix, une certaine forme de déficit de l’attention m’interdit malheureusement de me plonger dans la lecture de longs romans. Je m’y suis essayé tant et tant mais, rien à faire, je semble condamné à ne jamais pouvoir dépasser le deuxième chapitre. C’est comme ça.

Donc, plutôt que de me nourrir des fruits de la fiction des uns, c’est sur le vécu des autres que j’ai choisi de me rabattre. Remarquez que je n’y perds pas au change, la réalité de certains personnages dépassant souvent et largement toute forme de fantaisie bien intentionnée.

N’allez surtout pas croire que la lecture de biographies est un loisir sans risques, bien au contraire. Il arrive parfois que l’on ressorte de cet exercice plutôt déçu par ceux qui, jusque-là, disposaient d’office de toute notre admiration. C’est exactement ce qui m’est arrivé il y a quelques années quand je me suis tapé les mémoires de Charles Aznavour, Le temps des avants. L’artiste, qui m’avait toujours subjugué sans réserve, m’avait finalement terrassé avec cette fâcheuse propension qu’il avait à se comparer sans cesse à ses pairs. Comme s’il en avait besoin… Depuis, je ne l’écoute plus comme avant. C’est bien cher payé pour l’avoir fréquenté de trop près.

Lors de mes dernières vacances, j’ai ressenti un malaise semblable en lisant l’autobiographie de Neil Young. J’aurais voulu en savoir davantage sur son formidable parcours artistique, mais le grand Neil a plutôt choisi de consacrer plus de la moitié de son bouquin à sa collection de voitures anciennes, son train électrique et son aversion pour le téléchargement. So what…

C’est donc avec la même appréhension que je suis tombé sur Les vies et les morts de Gil Courtemanche, une biographie toute fraîche dont la sortie coïncide avec le cinquième anniversaire du décès de ce journaliste et homme de lettres au destin tordu. Aussi bien l’affirmer d’emblée : l’auteur Yves Lavertu nous offre ici un travail de moine.

Pour avoir croisé Courtemanche dans divers contextes – et pas toujours les plus jojos – il y a de cela plusieurs années, j’en étais même venu à douter de l’authenticité de ce qu’il avait pu me raconter, tant la variété et le volume de ses expériences tenaient quasiment de l’irréel. Le livre de Lavertu m’a non seulement confirmé que tout se tenait mais, si ça se peut, m’en a aussi appris encore davantage sur la longue route sinueuse de cet être complexe qui avait développé une expertise rare dans la manière d’être aussi attachant qu’exaspérant.

C’est surtout la fin du parcours de Gil Courtemanche qui m’avait jusqu’ici échappé. Le récit de cette sortie, qui est triste à pleurer, m’a fait comprendre à quel point cet homme – si peu enclin aux concessions et impitoyable envers ceux et celles qui l’entouraient – avait au bout du compte fait de lui-même sa première victime. Maintenant, je comprends mieux. Les biographies servent aussi à ça.

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