Ryan Remiorz/La Presse Canadienne Philippe Pichet, directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM)

Depuis que je suis au monde, on me rappelle combien je suis chanceux d’être né ici – en sous-entendu, au bon endroit. Dans une société qui repose sur des principes d’éthique et de justice, alors qu’ailleurs, dans d’inénarrables républiques de bananes, ces valeurs sont régulièrement écrasées au profit de la corruption et de l’immoralité. Dans ces lointaines contrées où des politiciens n’hésitent pas à placer leurs intérêts personnels avant le bien collectif. Là où des hauts fonctionnaires vont sans hésitation plonger le bras jusque-là dans le bac à «merdre». Là où les forces de l’ordre se fixent un code de conduite qui bafoue allègrement un code légal pourtant reconnu et entériné. Une chance qu’ici, on n’est pas comme ça…

Non, chez nous, les affaires se passent différemment. Ici, on a une police municipale qui – incapable de s’autosuffire dans l’enquête qu’elle mène sur les supposés agissements d’un de ses membres – se permet de demander à une juge l’autorisation de «monitorer» les conversations téléphoniques et les déplacements d’un journaliste, Patrick Lagacé pour ne pas le nommer. Une autorisation qui lui fut d’ailleurs accordée 24 fois plutôt qu’une. Cherchez l’erreur… N’allez pas croire que le SPVM soit le seul corps policier qui ait tendance à dépasser les quantités prescrites dans sa cuisine, la SQ et la GRC ont déjà allègrement donné dans le genre.

On a beau tout faire pour se prémunir contre le virus de la paranoïa, y’a de quoi se poser des questions. Des maudites questions, mettons…

Parce que, si j’ai bien compris, même si le maire de Montréal se dit «préoccupé» par la surveillance qu’exerce son service de police sur un journaliste, du même souffle, il réitère sa confiance en son chef Philippe Pichet. Et, comme si ça ne suffisait pas, ce même chef se dit sensible à la liberté de presse, mais ose affirmer que, parfois, dans certains cas, ben y faut c’qu’y faut… Tout en n’excluant pas la possibilité  que d’autres journalistes aient peut-être été également placés sous surveillance. Pendant ce temps, le ministre québécois de la Sécurité publique, Martin Coiteux, s’est dit «renversé» par les révélations du jour. Sauf que, lui non plus, il ne fait rien. Coudon, y a-t-il un boss dans la place? Est-ce que les enquêteurs de la police de Montréal sont plus forts que leur chef, que leur maire et que leur ministre? La réponse devrait être non. Alors, pourquoi personne ne prend la moindre décision?
On est à même de penser ce qu’on veut…

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En passant, la dernière fois que Patrick Lagacé et moi on s’est parlé au téléphone, on s’était bien promis de se rappeler d’ici une couple de semaines pour aller prendre une bière. Depuis, le temps a filé et la bière n’a pas coulé. Puisque le SPVM a conservé une liste de l’ensemble de ses communications, y a-t-il un préposé à l’agenda de Pat qui pourrait m’indiquer à quelle date on s’est dit ça? Me semble que ça doit faire un petit bout. Pis j’ai ben hâte d’aller m’asseoir avec lui pour jaser de choses et d’autres…

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