Sylvain Ménard Dimanche après-midi, devant la maison de Leonard Cohen. Au centre, une dame, le visage illuminé, danse

En fin de semaine, je suis moi aussi allé faire mon tour devant la maison de Leonard Cohen. Et deux fois plutôt qu’une, de jour et de nuit. Comme si je voulais lui faire mes adieux en noir et blanc.

Première surprise: pendant des années, je me suis trompé d’adresse quand je croyais toucher aux briques de sa demeure. Sa maison, c’était en fait celle d’à côté. Une méprise à la fois absolue et ridicule puisqu’il n’y a que deux numéros civiques sur la petite rue Vallières.

Ça, c’est tout moi…

Lors de ma première visite, celle du dimanche après-midi, dès que je suis descendu du trottoir, en un claquement de doigts sec, je me suis senti aspiré vers la Twilight Zone. Dans une enclave trop cool pour être vraie. Pleine de beau monde. Du monde fin, attentif, gentil, qui avait la bonté étampée en pleine face. Dans ce beau monde, un trio de buskers chantait So long Marianne et Hallelujah. Au milieu de la foule, un homme a invité une vieille dame à danser. Comme si ça allait de soi. Phénomène étrange, tout au long de la danse, le visage de la dame a été baigné d’une drôle de lumière. Le soleil l’avait choisie. C’était son moment.

cohen leonard maison

Exactement 12 heures plus tard, en pleine nuit, j’y suis retourné. Le beau monde était parti faire dodo. Là où la vieille dame dansait un peu plus tôt, une autre, pas mal plus jeune, était appuyée sur son vélo. Plus loin, sur le trottoir au coin de Saint-Dominique, un chat noir semblait nous guetter.

«Vous savez que son premier professeur de guitare s’est suicidé? qu’elle m’a dit.
– Ben oui, j’ai lu ça en fin de semaine.
– C’est quand même triste, non?
– Ouais, c’est bien triste…»

Notre échange s’est arrêté là. De temps en temps, la fille au cœur gros écrasait une larme sur sa joue. Avant de repartir chacun de notre côté, on s’est donné la main. Comme si ça allait de soi.

Avant de retourner dans sa cour, le chat nous a fixés une dernière fois. J’ai eu l’impression qu’il voulait s’assurer que tout était OK. Pour elle comme pour moi. C’est ainsi que les choses se passent dans la rue de Leonard.

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Jamais je n’aurais cru qu’une œuvre aussi remarquable puisse être perfectible. L’Heptade XL remixé par Serge Fiori et Louis Valois d’Harmonium est rien de moins qu’un travail magistral.

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Le roman 1984 de George Orwell est une histoire plutôt heavy qui comporte certaines longueurs. Je ne l’ai pas lu mais c’est ce que l’on m’a dit. J’ai cependant vu la pièce du même titre qui est présentée jusqu’au 16 décembre au Théâtre Denise-Pelletier. Et j’en pense sensiblement la même chose. On souligne les solides performances de Maxim Gaudette et Alexis Martin. Mais faut vraiment avoir le cœur ben solide…

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