Paul Chiasson/La Presse canadienne Martine Ouellet

C’est maintenant chose officielle : Martine Ouellet cumule désormais les fonctions de chef du Bloc québécois au fédéral ET de députée indépendante au provincial.

D’un bord, le prestige d’une chefferie qu’elle a tant recherchée et, de l’autre, la sécurité qui vient avec le chèque de paie qui continue d’entrer comme si de rien n’était. Reconnaissez que nous vivons quand même à une époque extraordinaire…

Tout le monde sait que ce combo ne tient pas debout. En commençant par ses électeurs du comté de Vachon. Pareil pour ses ex-collègues de banquette de l’Assemblée nationale. Même les militants les plus sérieux du Bloc québécois vivent mal avec ça. Ces jours-ci, madame Ouellet est l’une des rares personnes à faire l’unanimité au Québec. Dans le mauvais sens.

Je suis certain que la principale intéressée elle-même est au courant de tout ça. Mais, dans un dessein qui m’échappe totalement, elle persiste à foncer obstinément, peut-être juste pour tester les limites d’un système qui en permet décidément trop. Et ce n’est pas avec son argumentaire monté en épingle que la dame viendra nous convaincre qu’elle est la seule à marcher du bon pas.

Ridicule à souhait, l’épopée délirante de Martine Ouellet devrait me faire rire. Or, au contraire, ça me met plutôt en beau calvaire. Parce que ça montre à quel point il n’y a rien en place pour stopper ces lubies absurdes et personne de responsable dans la place qui dispose de l’autorité nécessaire pour mettre un terme à cet épisode gênant qui alimente une fois de plus l’idée que l’arène politique est un cirque grotesque où tout le monde peut péter sans retenue.

Pour justifier son statut sans queue ni tête, Martine Ouellet est même allée jusqu’à inventer un mot : elle est transparlementaire. Bin quin. Comme dirait l’autre : si ça existe pas, invente-le donc… Dans son mépris des institutions et dans son mépris pour la population tout court, Madame atteint des sommets. Ou des bas-fonds, c’est selon.

Nul besoin d’être devin pour prédire que l’aventure de Martine Ouellet au Bloc québécois sera de courte durée. Comment peut-il en être autrement? Ça nous aura au moins donné le temps d’apprendre un mot nouveau…

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Les trois gars de Broue ont décidé de ranger leurs malles après 38 ans et 3 322 représentations. Sûr qu’ils n’avaient jamais soupçonné que le Théâtre des Voyagements allait être aussi bien nommé quand ils l’ont fondé.

De cette longue et belle aventure, on pourra tirer de nombreuses leçons:

– Que ce spectacle fut le fruit du travail d’une troupe autogérée d’artistes qui n’ont attendu le coup de fil de personne pour se créer de l’emploi.

– Que des productions sorties du champ gauche peuvent aussi rejoindre un très vaste public.

– Que la compagnie Duceppe, qui avait jadis permis à ce spectacle d’accéder à une grande scène, devrait peut-être penser à répéter l’expérience avec une autre jeune troupe afin de s’injecter une dose de sang neuf qui lui fait cruellement défaut depuis un bon bout.

– Et, surtout, que ce spectacle a su attirer des spectateurs qui, autrement, n’auraient probablement jamais assisté à une pièce de théâtre de leur vie. Bien au-delà de la longévité de la chose, il s’agit là du plus bel accomplissement du trio formé de Michel Côté, Marc Messier et Marcel Gauthier.

On leur dit bravo. Et merci.

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Entendu: Le temps des vivants, le nouvel album de Vincent Vallières. Un grand disque. Point à la ligne. Musicalement, avec une écriture qui ne cesse d’évoluer, Vallières vient d’atteindre un très haut niveau. Difficile d’en dire plus, suffit de l’écouter pour tout comprendre.

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Vu: Caligula, d’Albert Camus, une troublante relecture montée par René-Richard Cyr. Chaque saison, il y a des spectacles qui se distinguent. Celui-ci en est un. À cause de son intensité, de sa solide distribution et de Benoit McGinnis. Du magistral Benoit McGinnis devrais-je dire. Si vous avez le cœur solide, mettez-vous en rang immédiatement. C’est au TNM et on vient d’ajouter des supplémentaires jusqu’au 12 avril.

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Chuck Berry est mort. C’est lui qui a sculpté de ses propres mains le son de la guitare rock, ce qui le place très haut dans la liste des grands créateurs dans l’histoire de la culture pop. Aujourd’hui, par charité chrétienne et mécanique, on aura une chaleureuse pensée pour la voiture sur laquelle il avait foncé quand il avait décidé de sacrer son camp de la Place des Nations au mois d’août 1980 en laissant en plan la gang d’Offenbach qui l’attendait sur scène pour faire un rappel. Un artiste immense doublé d’un monsieur bien bizarre…

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